Mes préjugés étaient toujours présents quand j’ai lu la description du festival. Des détenus ? De quoi des détenus sont-ils capables ? De mentir, de voler et de tuer. Oui, ils l'ont fait. Mais ils peuvent aussi réciter Shakespeare, provoquer le rire, crier quand ils sont applaudis et faire naître une nouvelle manière de regarder une certaine classe de gens.
La troisième édition du festival s’est déroulée pendant deux jours au Théâtre Nottara de Bucarest, novembre dernier.
Le but officiel était de démontrer que chacun mérite une seconde chance. Que si on la lui accorde, un homme est capable de choses magnifiques. Démontrer cela à tout le monde, mais, plus important, le démontrer à soi-même. Se prouver qu’on est capable de bonnes choses, pour pouvoir choisir de bien agir, après avoir été libéré de prison.
Les metteurs en scène sont enthousiasmés. Ils considèrent cette proposition comme un défi, et les détenus comme des acteurs débutants. Les « acteurs débutants » l’ont vue comme un souffle de liberté.
Sur la scène, ils ont peur, comme des animaux sortis d’une cage, comme si les gens les attaquaient avec leurs regards curieux et leurs flashes enthousiastes. Mais quand la pièce commence, ils nous oublient. Quand nous applaudissons, ils se rappellent notre présence. Ils sont suffisamment loin de leur cage et oublient qu’ils sont exposés sur la scène. Ils sont acteurs.
Beaucoup d’entre eux disent qu’ils veulent revenir l’année prochaine au festival… pourtant certains espèrent être libérés d'ici au prochain festival, et donc n'y participeraient plus.
Bien sûr, le bien qu’ils font sur scène ne compense pas le mal qu’ils ont fait dans la vie réelle. Mais… s’ils peuvent s’impliquer autant pour faire quelque chose de bon, ils sont sans doute capables de faire d'autres « bonnes choses » après leur EXIT de prison.