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Déni démocratique Editorial du journal Europa mars 2008
Au rythme effréné de la Rupture, on en aurait presque déjà oublié qu'il y a quelques semaines, le « déni de démocratie » était l'expression à la mode. Pas un jour en effet sans qu'un responsable politique opposé à l'adoption du traité de Lisbonne ne qualifie ainsi la procédure de ratification parlementaire. Et pourtant le traité a bel et bien été ratifié, dans une indifférence à peu près générale et surprenante quand on sait que Giscard, papa de la Constitution de 2005, s'est vanté que le traité de 2008 reprenait « 90 % » de son contenu. La démocratie a-t-elle donc été bafouée ? Lorsqu'on décide d'en appeler directement au peuple et que celui-ci dit non, la moindre des choses semble bien de lui demander à nouveau son avis sur un texte reprenant les grandes lignes de celui qui a été refusé. Pour neutraliser cet argument, les responsables de l'actuelle majorité affirment que les Français ont approuvé le recours au Parlement en portant Nicolas Sarkozy à la présidence, lui qui n'a jamais caché sa volonté de faire adopter son "mini traité" le plus vite possible. L'argument paraît pourtant bien faible : quel part de ceux qui ont voté pour lui l'ont fait pour ce motif précis ? L'autre argument, plus fort, est que le traité de Lisbonne n'est pas la Constitution : les « 10 % » qui diffèrent seraient ceux dont le peuple français ne voulait pas. Le « non » de 2005 a été interprété comme un refus de délégations supplémentaires de souveraineté à l'Union et un refus de constitutionnaliser la logique libérale. On a retiré du traité les dispositions les plus gênantes, mais ça ne changera pourtant rien à la philosophie de l'UE ni à ses aspects concrets. Surtout, c'est choisir ce qu'on trouve le plus arrangeant dans toutes les raisons qui ont pu pousser les Français à voter non. Cela montre aussi les limites de tout référendum, où, par définition, on ne peut répondre que oui ou non. Il aurait été beaucoup plus intéressant de pouvoir cocher « oui, mais... » ou « non, sauf si... » que d'être forcé de trancher abruptement un problème si complexe. C'est là l'intérêt de passer par les parlementaires, qui ont tout loisir, eux, de débattre de ces questions (même si on ne leur a laissé que quelques heures, ce qui montre assez bien où ne se situent pas les priorités du régime...). Mais on se heurte alors à un autre écueil, celui de la composition du Parlement français : la plupart des formations qui portent le « non », en 2005 comme en 2008, n'y sont pas présentes. Ces questions sans réponses mettent au jour le vice fondamental, le péché originel, de la construction européenne depuis plus de 50 ans : s'être faite sans que jamais les peuples ne soient directement consultés et sans que l'on n'ose jamais aborder ouvertement les questions de fond. Résultat : l'Europe apparaît aujourd'hui comme une grande méduse molle, technocratique et peu légitime. Triste constat.
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