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Petit Traité de Rome arrangé On a tort de regarder d'un œil suspicieux, voire condescendant, la bonne vieille sagitude (pardon, sagesse) populaire des proverbes et autres dictons. Certains d'entre eux peuvent, en une simple phrase, rendre accessibles des choses aussi abstraites que la physique quantique, ou même l'élargissement, européen. En témoigne ce proverbe créole : « C'est avec beaucoup de patience et un peu de salive qu'on arrive à faire rentrer le pépin d'une pastèque dans le trou du cul d'un moucheron ».
Il va en falloir du temps et de la salive pour que les Bulgares et les Roumains se sentent européens à part entière. Hausse des prix, restructurations, les craintes de nos nouveaux concitoyens ne sont pas forcément infondées. Quand ils ont posé leur candidature en 1995, les deux pays ont affirmé leur volonté de se plier aux lois de l'économie de marché et au système démocratique. Deux orientations qui nécessitent des réformes longues et laborieuses. Les derniers rapports de la Commission l'ont noté : justice, corruption, immigration ou économie, les difficultés à surmonter sont encore grandes et seront sans doute douloureuses. Il va aussi falloir ingurgiter les quelque 80 000 pages de législation européenne : un gros pépin ! Non, nous autres, les citoyens de la « Vieille Europe », aurions tort de considérer les deux nouveaux entrants comme des moucherons. Comme pour l'élargissement de 2004, la Roumanie et la Bulgarie sont de jeunes démocraties. Des pays qui s'adaptent plus facilement au fonctionnement communautaire. Il n'y a qu'à voir l'importance que prend un pays comme la Pologne dans les institutions européennes pour le comprendre.
Du point de vue économique, c'est un marché de 20 millions de consommateurs qui s'ouvre aux investisseurs et une main-d'œuvre peu chère et formée. Pour rappel, en 1975, quand l'Irlande est entrée dans l'Union, les « grands » étaient loin de s'imaginer que le pays au trèfle allait devenir l'économie la plus compétitive de l'Union. De moucheron à « Celtic Tiger », il n'y a qu'un pas. Un pas de trente ans tout de même. Reste à savoir si l'UE pourra assumer un programme d'aides au développement économique équivalent à celui des « anciens petits » de l'Ouest. C'est plutôt mal parti...
Finalement, dans cette histoire d'élargissement, le moucheron c'est l'Union. Un moucheron obèse. Pensez donc, l'UE fonctionne toujours sur des institutions créées en 1957 pour 6 pays membres et 167 millions d'habitants. Depuis le 1er janvier, nous sommes 27 pays membres et 480 millions de citoyens européens. Lors du dernier Conseil européen, les 25 ont décidé de faire une pause dans la politique d'élargissement. Pour la Roumanie et la Bulgarie, on sent que c'est passé juste, tout juste. Après plus de dix ans de négociation et des efforts importants d'adaptation, l'UE ne pouvait pas leur claquer la porte au nez. Il a donc fallu leur donner une petite place au fond du lit, tout au fond.
Et à fond, la forme : faut-il s'étonner de voir émerger des mouvements ultranationalistes à l'Est ? Comme un retour de boomerang, grâce à l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie, le premier groupe politique d'extrême droite au Parlement européen est né. Répondant au doux nom d'« Identité, Tradition, Souveraineté », il sera présidé par le riant Bruno Gollnisch. Une fois que les acteurs de l'Union européenne auront réglé les problèmes de tuyauterie institutionnelle, il faudra s'intéresser à un projet politique qui intéresse les Européens, tous les Européens. Nous reviendrons dans le prochain numéro (le 5 avril), sur la montée des extrémismes en Europe. Nous serons alors à quelques semaines du premier tour des élections présidentielles en France. Ce sera d'ailleurs le sujet du prochain dossier : comment les Européens voient les élections françaises, deux ans après le non au référendum ?
Antoine Krempf, Strasbourg, France
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