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Le coq fait l’autruche ! Ce que l'on redoutait est donc arrivé. Après plus de six mois de campagne électorale, après le baptême de Ségolène, le sacre de Nicolas, la chevauchée de François, après beaucoup de péripéties, toutes plus épiques et passionnantes les unes que les autres (Ah ! Les sincères émotions ! Ah ! La sainte frayeur démocratique ! Qui permirent au méchant cyclope de se présenter pour la cinquième fois !), après que les problèmes les plus graves ont été posés et débattus (Combien coûte une villa à Mougins ? Pense-t-on mieux, juché sur un tracteur ? Quelle est la hauteur des talonnettes de Sarkozy ?), après tout ça, on vient de s'apercevoir qu'on avait oublié un truc. Et c'est ennuyeux, parce qu'il ne reste même pas deux semaines avant le premier tour, alors vous comprenez, on ne va pas commencer à en parler maintenant, les gens ne comprendraient pas. C'est quoi, ce truc, au fait ? L'Europe. Bof.
Depuis le 29 mai 2005 et le rejet du Traité dit « constitutionnel » par une majorité des Français, l'Union européenne est clairement en crise. Le « non » n'est certes pas à l'origine de la panne de projets et d'imagination qui frappe l'Union depuis quelques années déjà. Disons seulement, pour ne fâcher personne, que la « Constitution » était une tentative pour aller de l'avant et sortir de la paralysie, sur une base consensuelle et acceptable par les 25 États membres. Son rejet paradoxal, par l'un de ses plus ardents promoteurs - la France -, laisse l'Europe sans solutions, et sans idée de son avenir politique. En attendant, le modèle du tout-libéral et tout-marché triomphe, de la Pologne au Royaume-Uni.
Dans toute l'Europe, on attendait donc avec impatience les propositions des candidats à la présidence de la République. Notre dossier est là pour en témoigner : en Espagne, on considère nos élections comme « plus que françaises », les partis italiens se battent par candidats français interposés, et les Belges s'intéressent plus à nos présidentielles qu'à leurs législatives. Le problème, c'est que comme au bon vieux temps du Général, nos candidats, avec leur francitude pour seule expertise, s'en vont promettre, qui à Strasbourg, qui à Berlin ou qui à Madrid, de « changer l'Europe » ou de lui imposer notre « modèle social », sans tenir compte des réalités de l'Europe, justement, qui nécessitent la discussion, le consensus, le compromis.
Alors, par cécité, par naïveté ou par cynisme, on exalte la Nation et son drapeau, la France éternelle et son identité intangible, cette « voix spéciale », dixit Chirac. Nos héros s'appellent Jeanne d'Arc et Charles Martel, et l'on accuse nos footballeurs de ne pas savoir chanter la Marseillaise. Dans un pays dont un tiers des citoyens se déclare « raciste » et dont la moitié estime que les immigrés sont trop nombreux, ils ont peut-être raison. Dans un mois ou dans un an, quand nous en auront assez de répondre de nos actes aux ministères de l'Ordre et de la Vertu, nous irons peut-être vivre en Allemagne. Là-bas, ça fait longtemps qu'on ne chante plus le Deuschland Über Alles et la chancelière fédérale, Angela Merkel, a même déclaré « Nous le savons bien : l'Europe est notre avenir commun. » Ça fait rêver...
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