Journal Europa n°19

Journal n°19
Journal Europa n° 19
Andy Potts , Royaume-Uni
Édition Grand Ouest

Très chers lecteurs...


S’adresser à vous dans cet édito n’est pas chose facile. Que de débats, tensions et déchirements avant de prendre la plume, tremblante. Il nous faut vous expliquer. Voilà, le 22 octobre dernier, la société de production cinématographique de Luc Besson, Europacorp, s’est proposée de racheter le Journal Europa. Impensable oui, et pourtant.
Cela a d’abord pris la forme anodine d’un mail du chargé de communication du groupe, qui nous sollicitait pour une éventuelle rencontre à propos d’une vaste «proposition». Mail auquel nous n’avons pas pris soin de répondre. S’en est suivi un coup de téléphone pour en discuter évasivement avec les responsables du journal, pour «voir votre réceptivité», nous a-t-il dit. Autant vous dire qu’un coup de fil de la sorte ne pouvait que nous laisser dubitatifs. Devant notre apparente réticence, le chargé de communication, M. R****, s’est proposé de nous envoyer un mail «plus détaillé». Croyant à un canular de mauvais goût, nous recevons, quelques jours plus tard, un mail très sérieux nous proposant la reprise par le groupe de production cinématographique du titre Journal Europa.
En effet, Europacorp s’intéresse paraît-il à ce que nous faisons, et entend donc nous «aider» de la sorte. Entre consternation et méfiance, inutile de vous dire que nous n’y avons pas cru une seule seconde. Recontacté par téléphone pour en savoir plus, le communiquant, pour nous montrer sa bonne foi, conduit l’argumentaire jusqu’à nous expliquer l’origine du nom du groupe : «Vous savez, ce n’est pas un hasard si le groupe s’appelle Europa, c’est un choix hautement symbolique, […] nous portons tous les valeurs européennes, à commencer par notre patron.» Poussant l’anecdote un peu loin, il va même jusqu’à nous raconter que c’est M. Besson lui-même qui a eu l’idée d’appeler son entreprise «Europa». «Nous ne pouvions pas passer à côté, nous avons le même nom, nous pouvons faire un beau magazine cinéma tiré à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires !» Et l’Europe ? Et notre ligne éditoriale ? «C’est justement votre liberté de ton qui nous intéresse […] parler de l’Europe avec humour, audace, et spontanéité. […] Ce sont des valeurs nobles.» Le dernier terme a, il est vrai, un peu tiqué à nos oreilles. Ne sachant trop quoi répondre, nous lui avons rétorqué (car toute l’équipe écoutait la conversation au haut-parleur) que nous ne savions pas trop si nos valeurs étaient «nobles», et que, finalement, nous ne savions pas trop si nous avions des «valeurs». Que ce terme nous paraissait un peu pompeux, et que nous préférions parler d’Europe différemment, en n’omettant pas le ton décalé, ni l’ironie. «C’est justement ce qui a plu à M. Besson !» Flatteur donc, mais nous ne parlions pas encore «affaire».
Les termes du contrat que nous propose Europacorp sont les suivants : création d’une sarl éditrice affiliée au groupe en lieu et place de l’association existante. Un capital de départ de 25 000 euros (le chiffre est soumis à négociation), dont la moitié des actionnaires est déjà trouvée et acquise à la cause, l’autre moitié des investissements étant assurée par Europacorp, qui deviendrait actionnaire majoritaire. Par ailleurs, le groupe nous offre 4 emplois à temps plein, en cdi, payés une fois et demi le smic. Un rédacteur en chef pour coordonner la rédaction (le directeur de la publication serait le directeur du groupe, Luc Besson), un maquettiste-graphiste, un webmaster, et un responsable commercial. Le journal pourrait également bénéficier d’une diffusion «avantageuse» à travers un réseau de cinémas grand public (un partenariat avec Gaumont serait déjà en cours de négociation). En contrepartie, le groupe exige une dizaine de pages dédiées aux films produits par lui, rédigées par la rédaction, et une page de pub systématique en plus de la couverture.
Autant vous dire qu’une proposition de la sorte nous incite à réfléchir à deux fois avant de prendre une décision. C’est à partir de là que nous nous sommes déchirés. Il serait trop long de résumer les débats, mais d’un côté, les défenseurs de la noble cause de l’indépendance, pour qui éthique et valeurs morales priment avant tout, tenaient le discours engagé du «nous n’allons quand même pas nous rabaisser à être les larbins d’un grand groupe plein de pognon, qui plus est producteur de gros navets !». De l’autre, les progressistes, qui voient en cette opportunité une occasion unique d’un vrai développement, avec des moyens, de vrais salaires. Bref, une chance.
Nous voulions avant tout vous en informer, par souci de transparence, car l’avis de nos lecteurs a toujours été primordial. Alors voilà, nous avons un rendez-vous décisif avec Luc besson et ses associés, fin janvier, pour finaliser les termes du contrat. N’hésitez donc pas à nous faire part de vos réactions sur redaction@journaleuropa.info.
Et puisque vous êtes dans la confidence, sachez qu’avec notre prochain numéro de février nous vous offrirons le DVD de Taxi 4. Joyeuses fêtes.

 

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Note de la rédaction : l'edito qui précède est (bien évidemment) un canular. Tout ce qui y est dit est faux, et relève de la pure fiction. Pourquoi ? Parce qu'un canular sert à attirer l'attention.

Souvenez-vous de ce 13 décembre 2006, il y  a 2 ans, jour pour jour (le journal Europa a été diffusé le vendredi 12 et le samedi 13), la RTBF annonçait la scission de la Flandre et de la Wallonie dans un faux journal télévisé, plus que réel, ayant berné tout le monde. Pourquoi ? Pour attirer l'attention.

Attirer votre attention sur quoi ? Sur nos conditions de travail, précaires ; sur l’indépendance des médias associatifs, et d’un « petit » titre de presse comme nous. Nous nous posions une question qui continue de nous tanner, lecteurs : seriez-vous prêts, vous, à lire le journal Europa avec une affiche de film en couverture ? À perdre cette liberté de ton qui nous caractérise ? Nous espérons que ces questions vous préoccupent. En tout cas nous continuons de recevoir des messages, qui vont majoritairement dans ce sens. Ouf !

Au passage nous nous excusons bien évidemment auprès d’Europacorp, pour l’utilisation non autorisée de leur nom qui a servi cet exercice. Nous nous excusons aussi auprès des journalistes qui ont relayé l’information. Ce n’était pas notre volonté, comme nous l’avons expliqué dans un communiqué.



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