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Salut Patrick

Une Europa 33

Tous droits reservéJérémy Le Gouic
Editos | Publié le 12.04.2012 Pour ce dossier consacré aux jeux, la rédaction s'est amusé à jouer avec les mots. Retrouvez les 33 contrepèteries cachées dans l'édito de ce 33e numéro ! A vous de jouer...

Cette année, j'ai bien pensé à toi autour de la mi-mars. Surtout en fêtant ton homonyme irlandais, un trèfle au cœur et une pinte à la main. Avec ma gueule de bois le lendemain, impossible de me lever. Par chance, pendant la nuit, les profs en grève se sont amusés à encoller des murs avec des affiches révolutionnaires, puis ont verrouillé l'école des futurs ingénieurs. Ils réclament toujours plus d'effectifs, persuadés qu'ils sont d'avoir un beau métier : professeur !

De mon côté, je me suis enfin remis au sport, je joue de temps en temps au tennis avec ta sœur. Elle sait que j'apprécie vachement son frangin, mais pour être franc, je l'ai sentie un peu trop nourrie en ce moment. Alors j'ai retenu mes coups, et elle a trouvé mon tennis prévisible.
Pourtant, elle m'assure que les temps sont durs pour elle. Elle n'irait pas jusqu'à chourer le bien du voisin pour lui soutirer de l'argent, mais elle a du tracas jusqu'au cou.
Pas étonnant, dans ce contexte, qu'elle soit folle de la messe. Elle prie tous les jours, dès qu'elle entend le carillon... À trop écouter les sermons du prêtre, remplis de cornettes et de sonneries de cloches, j'ai bien peur qu'elle finisse par prendre le voile ! Et moi, j'aurais l'air de quoi ? Après tout, je n'ai pas de rebords à mes épaulettes, alors je me verrais bien en curé, avec une calotte, offrant des cantiques à Saint-Guénolé.

D'ailleurs, avec ta sœur, nous parlons souvent de musique. Elle a l'oreille absolue, et est capable de faire vibrer son mi sans percussion, menant à un si troublant. Je l'ai amenée à découvrir Mozart dans les rondos et jusqu'à Bizet sans peine. Depuis, nous jouons ensemble le dimanche après-midi. Tandis qu'elle chatouille sa gratte, je lève mon sax en rythme, puis je prends la flûte de pan pour finir ad libitum.

Au fait, as-tu bien reçu ma carte postale ? Ma randonnée du Zimbabwe au Mozambique, à la découverte de l'Afrique des contraires, était fabuleuse. Il a fait beau et chaud. Que de belles rencontres le long du fleuve ! Au Zambèze, les femmes sont belles et gentilles, les hommes forts et endurants.Leurs traditions d'accueil m'ont rappelé la douceur des Dolomites que nous avons connue naguère.

Te souviens-tu de cette petite auberge où nous louions des chambres au mois ? Je ne peux oublier la tenancière, qui peignait elle-même ses toiles ! Et que dire du cuisinier, avec son hachis parmentier... Quel bon vivant ! Il venait nous voir pendant les repas, menaçant de croquer nos belles frites si nous ne finissions pas aussi sa tourte aux cailles.

Mais enfin ! Trêve de nostalgie, il faut penser le changement de nos vies. Ça fait deux cent cinquante-six jours qu'on n'a rien fait ensemble, c'est agaçant de le rappeler mais tu sais qu'on n'est jamais très fort pour ce calcul.

Je t'envoie mon salut, Fred.

Emmanuel Lemoine, Nantes France ;  Rémi Donaint, Nantes France