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Nantes, France

PAYS-BAS | Imbroglio maastrichtois

09/07/08 | Marie Deblonde & Jonas Roland

Maastricht : Bisbille belgo-néerlandaise autour des coffee. Cause du débat : Le projet de deux coffee corners à la frontière qui, selon les autorités belges, favoriserait le narcotourisme.

Le menu d'un coffee shop à Maastricht

La ville qui se targue d’être la plus ancienne des Pays-Bas se trouve aujourd’hui encore au cœur de l’actualité. Un permis de construire a été suspendu en avril dernier par la Cour de Justice de Maastricht. Gerd Leers, le maire chrétien-démocrate de la ville néerlandaise, voulait, en périphérie de sa commune et donc à proximité de la frontière belge, installer deux coffee corners.  Il s’agit de véritables supermarchés centralisant la moitié des 15 coffee shops de la cité mosane.

La bisbille belgo-néerlandaise s’explique par la proximité entre les éventuels coffee corners et la frontière. En effet, selon les autorités belges, ces coffee corners encourageraient encore davantage le narcotourisme - ou tourisme de la drogue - ainsi que le trafic illégal vers les pays frontaliers. Ainsi, l’insécurité présumée augmenterait encore dans les communes environnantes. Pourtant, selon la police néerlandaise, 80 à 90% du trafic transite déjà par la Belgique. Paradoxal… 

Exode narcotique
L’idée de déplacer ses coffee à la périphérie ne vient pas du maire maastrichtois. En juin 2006, Hubert Bruls, le maire de Venlo, à la frontière allemande, a fait reloger deux des cinq coffee de la bourgade dans un resto pour routiers. Qui depuis recueille son petit succès… 1500 clients hebdomadaires et 150000 euros d’après les chiffres de la mairie.

Un coffee corner maastrichtois, d’une superficie de 2000m², aurait dû être bâti à Gronsden, à 200m de la commune néerlandaise d’Eijsden. Celle-ci, soutenue par des associations, des particuliers ainsi que par 7 communes belges (flamandes et wallonnes), a intenté une action en référé devant le Tribunal civil de Maastricht. Jugement rendu le 11 mars : le tribunal estime que Maastricht ne motive pas suffisamment l’aspect temporaire de cette implantation et émet en outre quelques doutes sur sa localisation, non loin d’une école…

Même s’il ne s’agit que d’une suspension, les communes rebelles sont ravies mais restent certaines que la ville tentera de trouver une parade. Disposant de trois mois pour renforcer son dossier, le maïeur, refuse de rendre les armes… La guerre est donc loin d’être finie.

Depuis plusieurs années, les autorités néerlandaises tentent de combattre les troubles liés aux narcotouristes – estimés à environ 1 500 000 (Belges, Français et Allemands essentiellement) chaque année, rien qu’à Maastricht. Un règlement communal avait d’ailleurs tenté en 2006 d’interdire l’accès des coffee shops aux étrangers. Ce règlement n’a pas abouti. Le tribunal estimait que la mesure s’opposait à l’article 1er de la Constitution, qui garantit le principe de non-distinction de nationalité. 

Rabatteurs à la sauvette
On est en droit de se demander le bien-fondé de ce sentiment d’insécurité lié au commerce légal du cannabis, motivant tant le projet de Maastricht que son désaveu. Chaque partie se renvoie la patate chaude. Les principaux responsables de ce sentiment d’insécurité sont les drugs runners. Ces rabatteurs à proximité des coffee shops proposent des quantités illégales de cannabis et des produits prohibés. Vendeurs à la sauvette devenus légion dans les rues des grandes villes bataves, ils profitent de la concentration d’acheteurs potentiels.

Il faut enfin rappeler que si les Pays-Bas autorisent la vente et la détention de cannabis (à hauteur de 5 grammes par jour et par tête), ils en interdisent cependant la culture. Une situation quelque peu paradoxale qui favorise l’existence du crime organisé, contre lequel la police reste impuissante. Déplacer les coffee shops ou en fermer l’accès aux étrangers ne règlera en rien les problèmes de fond. Le maire maastrichtois propose d’ailleurs de légaliser la production du cannabis mais le gouvernement néerlandais n’a aucune intention de le faire.

Jusqu’à quand l’hypocrisie et les bouts de ficelle feront-ils de l’ombre à la nécessité d’un véritable questionnement transnational ? En effet, la problématique de la drogue ne se limite plus aujourd’hui aux rues d’Amsterdam…

Marie Deblonde
Brussels, Belgique
Jonas Roland
Brussels, Belgique