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IRLANDE | Coup de tonnerre en Irlande : le Traité de Lisbonne est rejeté

18/06/08 | François Le Moal

Plus nous nous approchions du référendum du 12 juin 2008 sur le Traité de Lisbonne et plus la menace de rejet par les citoyens irlandais se faisait sentir. Après une campagne intense, et malgré les efforts de la classe politique, la majorité des électeurs ont répondu «no».

Le non au Traité de Lisbonne l’emporte largement, à 53,4%, avec une participation de 53%. Par ailleurs, le oui n’est majoritaire que dans 10 des 43 circonscriptions de la République d’Irlande. L’unique référendum organisé pour sa ratification est ainsi marqué par un rejet franc et massif, laissant place aux interrogations.

Un « non » pluriel et offensif, un « oui » peu enthousiaste et défensif
Les partisans du non se sont montrés les plus actifs et ont fait preuve de créativité et d’imagination pour convaincre la population. Ainsi, Brian Cawey, Premier Ministre irlandais, Juan Manuel Barrosso, Président de la Commission Européenne, et Nicolas Sarkozy, à l’initiative du « mini-traité » et Président du Conseil de l’Union Européenne à partir du 1er juillet 2008, étaient représentés les mains sur les oreilles, ne souhaitant pas écouter les attentes des citoyens. En outre, ce dernier était présenté sur des panneaux, faisant la moue, avec l’inscription « Traité de Lisbonne : bon pour lui, mauvais pour nous ». Autour du vote négatif se sont aussi cristallisées des craintes de remise en cause de la fiscalité, de la neutralité du pays en terme de défense, ou de marginalisation par rapport au reste de l’Union Européenne. Enfin, beaucoup ont souligné la complexité du texte. En revanche, les défenseurs du oui ont insisté sur l’apport de l’Europe à l’Irlande depuis son adhésion pour son économie. Justement, le « Tigre celtique » subit actuellement un net ralentissement et l’Irlande perd un peu son image d’eldorado pour les jeunes européens.

Que faire maintenant ?
Le résultat de ce référendum rappelle immédiatement ceux du printemps 2005 en France et aux Pays-Bas pour le projet de Constitution Européenne ; tout se passe comme si les citoyens européens saisissaient chaque occasion donnée pour sanctionner Bruxelles. Les analystes constatent un « fossé » entre les élites et les peuples en Europe. Pour l’heure, Juan Manuel Barrosso souhaite poursuivre le processus de ratification du Traité de Lisbonne, mais Vaclav Klaus, Président de la République Tchèque considère le texte mort. L’organisation d’un nouveau référendum, comme pour le Traité de Nice en 2001, est-elle possible? Cette hypothèse semble hasardeuse. Les dirigeants européens doivent-ils se réunir pour élaborer un nouveau texte? En tout cas, une chose est sûre : ce nouveau rendez-vous raté de l’Europe avec un peuple européen occupera une large place durant la présidence française de l’Union Européenne si l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne au 1er janvier 2009 est maintenue.

François Le Moal
Brussels, Belgique