Deutsche Telekom à Francfort-sur-le Main
Deutsche Telekom ébranle l’Allemagne. L’entreprise a avoué avoir confié à des agences de détectives la mission d’identifier au sein de son conseil de surveillance l’origine de fuites d’informations confidentielles à la presse. C’est ainsi que l’espionnage de membres du conseil de surveillance et de journalistes a commencé: contrôle de listes d’appels et de comptes bancaires, installation de caméras cachées, filature de journalistes – Deutsche Telekom n’a reculé devant rien. L’entreprise a reconnu que des surveillances se sont produites entre 2005 et 2006. Mais selon certains médias allemands, les premiers cas d’espionnage remonteraient à 1998, voire 1995. Pire encore: d’anciens membres de la Stasi (Abréviation de Staatssicherheit, Sécurité d’État de la RDA ndj) feraient partie des mandataires.
Suite aux perquisitions au siège de Deutsche Telekom à Bonn, l’enquête du parquet suit son cours. Plusieurs personnes, dont l'ancien patron Kai-Uwe Ricke (46 ans) et l'ex-président du conseil de surveillance Klaus Zumwinkel (64 ans) sont des suspects potentiels. René Obermann (45 ans), l’actuel directeur de l’entreprise n’est pour l’instant pas suspecté car les écoutes ont eu lieu avant son arrivée dans la boîte, en novembre 2006. Ce dernier passe son temps à promettre des sanctions sévères et à critiquer les agissements des « moutons noirs ». Il souligne que les commanditaires des écoutes ne travaillent plus pour lui – une maigre consolation, certes….
Convié au ministère de l’Intérieur
Wolfgang Schäuble (CDU), le ministre allemand de l’Intérieur, suit le dossier de très près. Au début du mois, il a invité les dirigeants de Deutsche Telekom, dont Berlin détient 32% de capital ainsi que d’autres patrons de groupes allemands de télécommunications. L’objet de cette réunion liée à ce scandale qui fait la une des quotidiens allemands et européens était de discuter du respect de la protection des données. En effet, il est indispensable de relancer la conscience des entreprises dans ce domaine. Toutefois, selon le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), seule Deutsche Telekom a répondu présente à l’invitation du ministère. Les autres entreprises ont refusé par crainte d’être assimilé à cette fâcheuse affaire.
Entre-temps, de nombreux citoyens allemands s’inquiètent de voir leurs données entre les mains de Deutsche Telekom. Ces doutes ne pouvaient arriver à un pire moment pour l’entreprise de téléphonie qui connaît une période de vaches maigres depuis plusieurs années emberlificotée dans des ennuis juridiques et économiques. Les emplois d’environ 244.000 salariés dépendent exclusivement de la crédibilité du groupe.
Le retour du l'État omniscient?
Si ce scandale trouve un tel écho, cela vient du fait que l’histoire allemande a sensibilisé les citoyens à la problématique. Certains craignent un retour de « Big Brother » ou des méthodes de la Stasi à l’époque du régime dictatorial de la RDA.
Par ailleurs, ce scandale entre dans une série d’affaires d’espionnage relevées en Allemagne ces derniers mois. Citons par exemple la chaîne de distribution Lidl, qui espionnait ses salariés: l’hebdomadaire allemand Stern a révélé fin mars que l’entreprise avait placé des caméras de surveillance à l’insu des employés. Des détectives privés, mandatés par Lidl, se sont introduits dans la vie privée des salariés de 220 magasins en Allemagne. Chaque geste, chaque mot, les plus intimes détails ont été scrupuleusement consignés dans des rapports.
Devons-nous nous habituer à un contrôle permanent? En fait, dans nombre de pays européens, la vidéosurveillance a considérablement augmenté ces dernières années. La sphère publique n’est plus préservée : nous sommes filmés quasiment toute la journée. Les Anglais remportent la palme : un Londonien est filmé en moyenne 300 fois par jour.
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| | Annika Giese | | Hamburg, Allemagne |
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