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ITALIE | Venise, carnaval en couleurs

05/03/08 | Michele Bergamo

Chaque année la "sérénissime" ne déroge pas à la tradition : masques, couleurs, rencontres surréalistes… S'il n'est plus ce qu'il était, le carnaval continue d'éblouir.

I Maschi delle Serenisima
Michele Bergamo
Venice Italie

Me voilà fraîchement débarquée du traghetto sur la riva degli shiavoni (la rive des prisonniers). Là, je longe le Palazzo Ducale (le Palais des Doges) qui, jusqu’au XVIe siècle, abritait les prisons de Venise, situées sous les toits du palais. Elles sont appelées i piombi (les plombs), car leur couverture est faite de plaques de plomb. Les prisonniers mourraient de chaud en été, de froid en hiver. C’est dans cette prison que fut détenu Giacomo Casanova, qui fut le seul à s'en être évadé.
Mon parcours me porte jusqu'à la Piazzetta dei Leoncini (la petite place aux lions), avec ses deux colonnes surmontées, celle de gauche du Lion ailé de St Marc l’Evangéliste, en bronze, devenu l’emblème de Venise, et celle de droite de la statue de St Théodore, en marbre, ramenée de Grèce.

J’arrive Piazza San Marco (Place St Marc), où se dresse le Campanile, face à la Basilica San Marco (Basilique St Marc), d’architecture Byzantine, avec ses 5 coupoles, une splendeur de "dentelles", de mosaïques et de sculptures, avec ses quatre chevaux de cuivre dorés arrivés de Constantinople en 1204. Même si ce n’est pas la première fois que je viens sur cette place, mon enthousiasme est toujours le même, ébahie par tant de beauté. L’orologio (horloge), sous laquelle commence la rue des merceries qui relie la place St Marc au Ponte di Rialto, qui fut pendant longtemps l’unique Pont qui enjambait le Grand Canal. Chemin faisant, je vois le Ponte dei Sospiri (le Pont des Soupirs), qui franchit le canal reliant le palazzo Ducale (le Palais Ducal) à la prison. Là les prisonniers poussaient un grand soupir avant d’entrer au tribunal.

Cette veille de carnaval, il n’y a pas encore beaucoup de monde. J’en profite pour visiter les petits coins inédits. L’atmosphère est paisible, à travers les canaux, les ponts, les ruelles étroites.

Un petit tour au Campo San Giovanni e Paolo, où se trouvent la deuxième plus importante basilique de Venise, de style gothique, et l’hôpital. Longeant le Rio dei Mendicanti, des habitants débarquent des grosses bombonnes de vin. Ici tout se fait par bateaux : les poubelles, l’ambulance, les pompiers, le corbillard, ce qui crée une ambiance tout à fait particulière. J’ai le sentiment d’être "ailleurs", dans un autre monde. J’arrive au quai d’où j’aperçois l’île San Michele où se trouve le cimetière.

Le lendemain, petit tour sur l’île de Burano : une féerie de couleurs. C’est l’île des pêcheurs, chaque épouse colorait sa maison afin que son mari la reconnaisse de loin dans la brume de la lagune. Là, le jaune, rose, parme, vert, bleu se côtoient pour le plaisir des yeux. Egalement appelée île de la dentelle, il subsiste quelques dentellières pour réaliser ces souvenirs authentiques. Une île calme, loin de l’agitation touristique. Autre île avec sa spécificité locale : Burano et ses souffleurs de verre qui exercent leur art aux coins des rues, pour le plaisir des quelques curieux qui s'y aventurent.

Retour Piazza Roma et ballade dans le Ghetto : quartier où les juifs ont été faits prisonniers pendant la guerre. Quelques plaques commémoratives permettent de se souvenir…
La ballade se continue dans les petites rues, entre les canaux, en dégustant un gelato et un cafè stretto, dont l’Italie a le secret et dont je ne me lasse pas. Puis je descends jusqu’au Pont de l’Accademia, premier pont métallique, construit par un ingénieur anglais.
Le dimanche matin, de nouveau j’arpente les petites rues derrière la place St Marc. Je croise les maschi qui se rendent au défilé. Magnifiques maschi, plus inventifs les uns que les autres, là un Van Gogh, avec ses gros sabots jaunes et ses tableaux, ici un ramoneur accompagné de Mary Poppins… Ils se laissent photographier sans problème. Je devine un sourire… J'aimerais moi aussi déambuler comme eux, incognito… voir sans être vu.

Combien y en a-t-il qui se cachent derrière leur déguisement, pour échapper pendant quelque temps au tourment de la vie, vivre un moment inoubliable, peut-être de nouvelles rencontres? Ici, tout est possible, tout semble permis… Je retourne Place St Marc. La foule s’est pressée. Il faut se faire une place pour assister au saut de l’Ange : un athlète se lançant du haut du Campanile jusque sur la place Saint Marc, pour perpétuer la tradition d’un funambule Turc… ou d’une colombine rejoignant son bien aimé. Il me faudra partir, à grands regrets, quitter toute cette mouvance, pensant que je ne me lasse pas d’être ici, tellement tout est différent. Vous avez dit : «voir Venise et mourir»? Je dirais plutôt : «voir Venise et revenir, revoir la Sérénissime»!

Michele Bergamo
Venice, Italie

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