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26 Août 1995... Adieu à l'amateurisme du rugby à XV. Dans le sous-sol du salon Molière de l'hôtel Ambassador à Paris, 21 membres du Conseil de l'International Rugby Board décident d'introduire de grosses liasses de billets dans la mêlée mondiale du rugby. « Enfin », diront certains ; « mort de ce sport » diront d'autres... Peu importe, toute décision entraînera toujours des médisants. Mais tout changement a aussi ses hommes d'influence : le foot a eu Tapie, le rugby a eu Rupert Murdoch. Ou plutôt, Murdoch a eu le rugby. Cet homme d'affaire australien, actionnaire majoritaire de News Corporation, un des plus grands groupes médiatiques du monde, réalise LE coup de bluff de l'histoire du ballon ovale. Et oui... le passage au professionnalisme ne s'est pas fait dans la quiétude et la sagesse, mais est plutôt la conséquence d'un énorme chantage de ce magnat de la presse australienne. Petit retour en arrière... A l'époque la troisième coupe du monde venait de sacrer l'Afrique du Sud sur ses terres. C'était une occasion rêvée pour certains comme Mr Murdoch ou son rival financier Kerry Packer (déjà investi alors dans le rentable rugby à XIII australien) d'investir dans le filon ovale et de lancer un circuit professionnel. C'est ainsi qu'un beau jour d'Août 1995, lorsque les débats s'ouvrent, deux clans se forment très vite : les représentants du Sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) convaincus par Kerry Parker de suivre la voie du professionnalisme, et ceux du Nord (Gallois, Irlandais, Ecossais, Français et Anglais). Mais le travail de lobbying des deux magnats australiens ne s'est pas arrêté aux frontières sudistes : 120 joueurs français dont 26 internationaux avaient déjà signé une lettre d'intention, tandis que la presse faisait écho d'un montant de 42 millions d'euros versés par Murdoch aux trois confédérations du Sud. Les conservateurs n'avaient plus qu'à subir les charges modernistes et à plier sous leur puissance physique. La suite? Une fois la professionnalisation du rugby proclamée, nos deux compères australiens se sont finalement réconciliés concluant un accord de paix sur le dos du rugby à XV, et Murdoch troqua ses droits sur les courses hippiques contre le rugby de Packer. TF1 achète le rugby : 80 millions
Lors de la première coupe du monde, il y a 20 ans, les ‘'amateurs'' internationaux touchent un ‘'manque à gagner'' de 21euros par jour. En 2003, la prime de victoire s'élève à 150.000€ et en 2007 elle est de 180.000€. Outre ces montants se rapprochant à grands pas de ceux du football, les terrains de rugby deviennent de vraies tables de croupier où les entreprises, publicistes et autres bookmakers aiment à parier. Preuve en est, le chèque de 80 millions d'euros que TF1 a versé pour les droits de retransmission de la coupe du monde 2007, sport qui ne semblait jusqu'alors pas intéresser la première chaîne commerciale française. Pour comprendre cette attirance soudaine, il suffit d'imaginer ce que 260 millions de téléspectateurs et trente secondes de publicité à 204 800€ peuvent représenter. Jackpot pour la chaîne nationale numéro un...frustration pour d'autres. Détenteurs des droits, TF1 n'a autorisé qu'à 43 villes françaises de pouvoir monter des écrans géants, délaissant des villes historiquement liées au rugby comme Clermont-Ferrand ou Perpignan. Que ce soit au travers de cette attitude de TF1, du matraquage publicitaire d'Eurosport pendant les rencontres, ou encore de la ‘'lambadisation'' du haka néozélandais, les fidèles de l'ovalie sont à la recherche de leur rugby. Débarquement de stars Le Top 14, la première division du championnat de France a commencé depuis cinq mois. Le fan n'est pas rancunier et peut désormais se concentrer sur ce vrai spectacle, dû à l'arrivée de stars en hexagone. En effet, beaucoup de clubs ont une politique de recrutement étrangère de plus en plus importante. Résultat, le gratin mondial du rugby se retrouve à jouer en France attiré par le cadre de vie...et les contrats proposés. Outre les arrivées de Gregan, Kelleher, Oliver, Matfield, Montgomery et bien d'autres internationaux de l'hémisphère sud, c'est le coup médiatique et sportif de Toulon, pourtant club de Pro D2 qui retient l'attention. Car au jeu du «qui a sa star de l'hémisphère Sud ?» le président varois Mourad Boudjellal surclasse tout le monde. Ce dernier avait déjà fait parler de lui l'année dernière lorsqu'il avait acheté Tana Umaga, capitaine des Blacks, pour sept matches, 500 000€ et huit places gagnées au classement général. Aujourd'hui il possède une armada qui fait penser à celle du Real Madrid, et ses galactiques donnent le tournis : le demi de mêlée australien George Gregan, recordman mondial du nombre de sélections (139), Anton Oliver, ancien talonneur des All Blacks, Andrew Mehrtens, ancien ouvreur néo-zélandais...le tout entraîné par Tana Umaga. Un recrutement hallucinant pour un club français, qui plus est de seconde division. Et des noms circulent déjà pour l'année prochaine, comme celui de Schalk Burger, Bryan Habana, Frédéric Michalak ou encore un certain Sébastien Chabal. Même si l'on reste loin du foot, ces joueurs coûtent cher dans un sport professionnel depuis à peine dix ans (jusqu'à 700 000€ par an). Conséquences directes de cet exode ovale, les spectateurs sont plus nombreux dans les stades, le montant des droits télé a presque doublé et les recettes des clubs augmentent...merci messieurs les mécènes... Les salaires des joueurs dans le championnat français augmentent de 30% en moyenne chaque année, et les recettes de la buvette ne suffisent plus à les payer depuis bien longtemps... Le marché du ballon ovale s'enflamme faisant craindre un crach footballistique. Où s'arrêtera donc cet appât du gain si contradictoire avec l'esprit du rugby? Les valeurs qu'il véhicule ont créé sa réputation et sa médiation. Ce sport s'est construit par lui-même et ce qu'il inspire, si bien que ses qualités, aussi inimitables qu'elles soient, sont enviées par d'autres disciplines. Mais ses valeurs n'ont pas de prix. Et aussi bien qu'il est impossible d'imiter les traits de caractères d'une personne, elles ne peuvent être falsifiées... Laissez son charisme au rugby et gardez votre argent. Le ballon ovale n'est pas à vendre.
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