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« De toute façon certaines personnes qui ne votent pas sont persuadés que quelqu'un se chargera de le faire pour eux », « Beaucoup de Russes ne considèrent même pas que le vote est une façon de s'opposer ! », « Tout était contrôlé et tout le monde le savait !», « ce qui m'a le plus marqué ça a été la résignation des gens !». Qu'ils soient de l'AFP, du Monde, du journal québécois La Presse ou de l'agence de presse russe Ria Novosti, les journalistes francophones présents à Moscou pendant la dernière élection présidentielle partagent des avis assez tranchés et généralement peu amènes sur la façon dont se sont déroulées les dernières élections présidentielles en Russie, un scrutin sans « aucune excitation ». Difficile dans ces conditions pour des journalistes habitués à couvrir et commenter des évènements d'évoquer cette élection sans véritable enjeu et sans aucune passion. « On a dû innover et ne pas faire comme d'habitude en cas d'élection », confie Alissa Flitman, journaliste russe de l'équipe de l'Agence France Presse. Par exemple elle n'a pas beaucoup parlé des candidats qui n'ont d'ailleurs quasiment pas débattu entre eux. En panne d'événements, l'équipe a davantage travaillé à brosser le portrait d'un pays politiquement amorphe. Son collègue québécois, Frédérick Lavoie, a de son côté cherché à tirer parti de la situation en tentant de comprendre comment, parti de rien, Dimitri Medvedev a pu être propulsé au statut de candidat archi-favori. Comprendre pourquoi les gens acceptent un choix qui leur est imposé et que la démocratie soit à ce point bafouée. Medvedev, qui d'autre ? Surfant sur la popularité de son prédecesseur, LE candidat « officiel » n'a tout simplement pas fait campagne, refusant notamment tout débat avec le petit cercle des candidats autorisés à se présenter. Medvedev s'est d'ailleurs expliqué de son attitude de relatif retrait, affirmant que sa charge de Premier vice-Premier Ministre ne lui laissait guère le temps de prendre part aux joutes électorales. « C'est la télévision qui a fait la campagne pour lui, couvrant le moindre de ses déplacements, non pas tant en candidat à la présidence mais en tant que premier vice-Premier Ministre », souligne Adeline Marquis, de Ria Novosti. Inutile de préciser au passage que la télévision, seul média qui compte vraiment en Russie, est totalement contrôlée : inq grandes chaînes appartiennent pour tout ou partie à Gazprom. Et Dimitri Medvedev, le nouveau Président russe n'est autre que le Président du Conseil des directeurs de ce même Gazprom. Tout au long de la campagne la télévision a ainsi égrené une liste exhaustive des succès obtenus par Dimitri Medvedev dans le cadre des « grands chantiers nationaux », une série d'initiatives qui ont vocation à améliorer la situation du pays notamment dans les domaine de la santé, de la démographie et de l'industrie, et dont il a la charge depuis 2005. La presse écrite, beaucoup moins généralisée que la télévision n'a pas, loin s'en faut, fait contrepoids à cette couverture médiatique très partiale de la campagne et des candidats. « A quelques exceptions près, les journalistes pratiquent d'eux-même l'autocensure et sans même s'en apercevoir », poursuit Adeline, installée depuis un an dans la capitale russe. La propagande fonctionne « La propagande fonctionne », confirme Frédérick Lavoie, qui a pu s'apercevoir au fil de ses reportages en Russie combien « les gens répètent ce qu'ils sont entendus à la télé.. Ils te parlent de leur retraite qui a augmenté, de la stabilité retrouvée. Le paradoxe est que lorsque tu les questionnes sur leur propre situation, ils réfléchissent un peu et t'avouent finalement que leur quotidien à eux n'a pas évolué de façon significative ». Alissa de l'AFP partage aussi ce constat : « Finalement on dirait que les Russes n'ont pas envie de réflechir sur eux mêmes, sur leur propre vie. Du coup ils répètent sans trop réflechir ce qu'ils ont entendu, à la télévision surtout ». L'atonie générale de la population semble résider également dans le sentiment d'éloignement que leur inspire le pouvoir. « Beaucoup de Russes considèrent que quoi qu'ils fassent, de toute façon, rien ne changera » , poursuit Alissa qui continue de s'étonner de cette réponse si étrange et paradoxale que lui ont faite de nombreux électeurs qui, bien que convaincus que « l'élection était ficelée d'avance », lui répondaient invariablement que, « forcément », ils iraient voter car « c'est (leur) droit ». « Je n'attendais pas du tout ces réponses », finit par lâcher la jeune journaliste russe, visiblement dubitative et déçue face au comportement d'un grand nombre de ses compatriotes, acteurs conscients et consentants de cette triste mascarade. Et puis à la différence de la situation dans les années 1990, les Russes semblent désormais rejeter leurs problèmes non plus sur le lointain pouvoir central, mais sur les bureaucrates et autres petits fonctionnaires zélés auxquels ils sont confrontés au quotidien. « La corruption est le sujet qui énerve le plus les russes, pas la corruption à grande échelle des oligarques ou du pouvoir central mais celle qui les touche directement. Celle qui les oblige par exemple à verser des pots-de-vin en toute circonstance et notamment pour se faire soigner vite et bien ». L'héritage du SuperTzar Adoubé par le Président Poutine, qui surfe sur une réelle et très solide popularité, Dimitri Medevev était quasiment assuré de recueillir, quasi-automatiquement, une grande majorité des suffrages des électeurs russes. De fait, si Vladimir Poutine a une image assez largement écornée dans les pays occidentaux, il est perçu en Russie, Fréderick Lavoie le confirme, comme un vrai leader. « Il n'y a qu'à observer la façon dont il mène ses conférences de presse qui peuvent durer 3, 4 heures pour s'en convaincre ». Non seulement crédité par les Russes d'avoir remis de l'ordre dans un Etat il y a peu de temps encore en pleine deliquescence, Vladimir Poutine est vu comme celui qui a su ramener le pays à la stabilité et lui a redonné un certain rang sur la scène internationale, fût-ce au prix d'une certaine brutalité qui n'est pas forcément mal perçue par des Russes qu'une histoire séculaire à habitué à des méthodes de pouvoir dépourvues de toute espèce de sensibilité. Ainsi « si les Russes n'ont pas réussi à se faire aimer, avec Poutine ils ont au moins réussi à se faire à nouveau respecter », explique Alissa, qui se félicite également qu'on ne regarde plus la Russie « comme un pays du tiers-monde ». Bien que n'étant pas à proprement parler une supportrice du régime russe, elle reconnaît également à Vladimir Poutine le mérite d'avoir permis aux Russes de « retrouver un semblant d'identité nationale qui leur faisait cruellement défaut auparavant. Sous Eltsine, les libéraux qui l'entouraient passaient leur temps à nous dire qu'il nous fallait vivre comme aux USA, et du coup les gens avaient perdu toute fierté dans leur pays ». Après tant d'années de très dures difficultés économiques les russes, notamment les retraités et les fonctionnaires, savourent aujourd'hui le fait d'être payés en temps et en heure. Beaucoup peuvent maintenant cogiter et se projeter un peu dans l'avenir, autant de choses qu'ils avaient appris à éviter après des successions de krach économiques (dont le dernier en 1998) qui réduisaient régulièrement à néant leurs maigrelettes économies. « C'est cette certaine stabilité qu'apprécient énormément les Russes », selon le Québécois Frédérick Lavoie, qui souligne néanmoins qu'avec un baril de pétrole 8 fois plus cher que lors de son arrivée au pouvoir, Poutine aurait certainement pu assurer un développement plus conséquent et plus équitable.
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