©N!
Nantes France
Voir l'article

ESPAGNE | Viens chez moi, j’habite chez mes padres

14/03/08 | Anne Laure Chartrain

De l’autre côté des Pyrénées, on est plus proche de Tanguy que de L’Auberge espagnole... Face à la flambée des loyers et en l’absence – pour l’instant – d’aide au logement, étudiants et jeunes travailleurs rechignent à quitter le domicile familial.

Viens chez moi, j'habite chez mes parents....
Troy
Dijon France

Irene a 23 ans. Cela fait deux ans qu'elle travaille comme technicienne de laboratoire à Grenade. Elle n'a encore jamais quitté le domicile familial. En France, cette situation ferait figure d'exception. En Espagne, elle est tout à fait banale : 51 % des jeunes Espagnols entre 18 et 34 ans, qui comme Irene font partie de la génération des mileuristas, (« mille euros par mois »), vivent encore chez leurs parents. En moyenne, ils y restent jusqu'à 25 ans, plus par contrainte que par choix.

Les loyers ont augmenté trois fois plus vite que les salaires au cours des quinze dernières années. Et le gouvernement espagnol ne dispense aucune aide au logement. Avec son unique salaire, Irene ne peut assumer une location en plus du crédit qu'elle vient d'obtenir pour acheter sa voiture.

L'Europe comme refuge

La majorité des jeunes travailleurs attendra d'être en couple, et de cumuler deux salaires, pour s'installer. Toutefois, la plupart envisagent d'acheter leur propre bien en quittant le domicile parental. Car pour ces jeunes actifs, payer un loyer revient à jeter l'argent par les fenêtres. « Je ne me suis même pas préoccupée du prix des loyers sur Grenade, explique Irene. Je ne veux pas vivre en location toute ma vie. Or si je loue un appartement maintenant, je ne pourrai pas économiser pour acheter ma propre maison. Je préfère rester chez mes parents et mettre de l'argent de côté. »

Face à ce constat, les étudiants se sont laissés emporter par la vague Erasmus et autres bourses européennes qui leurs permettent d'étudier à l'étranger, et de vivre indépendants. En 2006, dépassant largement l'Italie et la France, l'Espagne occupait le deuxième rang des pays avec le plus grand nombre d'étudiants à l'étranger. Et pour 2008, on prévoit une augmentation de 5 % d'étudiants espagnols hors des frontières.

« Presque comme une colocation »

Mais il se pourrait bien que la donne change dans les prochaines semaines. Avant les élections législatives du 9 mars, les partis politiques ont multiplié les propositions sur cette question de débat public. Le 1er février, le gouvernement de José Luis Zapatero a proposé un plan d'aide au logement. Il prévoit une allocation mensuelle de 210 euros en faveur des jeunes travailleurs âgés de 22 à 30 ans. Le PP (Parti populaire, droite), finalement battu, avait lui aussi lancé son propre plan logement, prévoyant une aide plus élevée pour une tranche d'âge plus étendue. Ces politiques sont d'autant plus urgentes que l'aide au logement figure dans la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Dans ce contexte, Irene espère obtenir son indépendance d'ici peu, même si elle s'accommode de sa situation : « Tout se passe très bien à la maison, je suis bien avec mes parents, c'est presque comme une colocation. »

Anne Laure Chartrain
Nantes, France


Newsletter: