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RUSSIE | Chronique d'une victoire annoncée

29/02/08 | Emilie Iob

Adoubé par Poutine, Medvedev est donné largement vainqueur de l'élection présidentielle russe, le 2 mars. Retour sur une campagne verrouillée de bout en bout par le Kremlin.

Le tsar Vladimir Poutine

"Quelque chose cloche dans notre élection, et notre système électoral a besoin d’une réforme majeure”, a déclaré il y a quelques semaines l'’ancien président Mikhaïl Gorbatchev en répondant à une question sur l’élection présidentielle du dimanche 2 mars. C’est pourtant une machine très bien huilée qui s’est mise en route. La Constitution russe interdit au président de briguer un troisième mandat consécutif. Mais Vladimir Poutine compte rester maître du pays, et met tout en oeuvre pour assurer l’élection de son dauphin, le vice-président Dmitri Medvedev.

Plusieurs leviers sont à sa disposition. D’abord, la Commission électorale centrale, chargée de veiller au bon fonctionnement des élections. En mars 2007, le président de la Commission, Alexandre Veshnyakov, critique les nouvelles lois électorales. Vladimir Poutine le limoge et, comme le veut le système électoral russe, propose la candidature du remplaçant : Vladimir Chourov. Chourov est un ami de longue date du président russe. Ils travaillaient ensemble à la mairie de Saint-Pétersbourg dans les années 90. Parmis leurs collègues, il y avait aussi un certain Dmitri Medvedev.

Une opposition sous contrôle

Le contrôle de la Commission électorale permet de facto à Vladimir Poutine d’avoir la main basse sur les candidatures des opposants au régime. Malgré sa popularité chez les Russes, le président reste en effet prudent. Laisser des opposants se présenter aux élections, c’est laisser le camp adverse s’exprimer dans les médias et critiquer la couverture sociale ou les retraites par exemple. Des réformes menées par Vladmimir Poutine et peu populaires auprès des Russes.

La Commission électorale centrale va rapidement s’activer : le 27 janvier dernier, elle rejette la candidature de Mikhaïl Kassianov, principal opposant de Dmitri Medvedev. En cause : des signatures de soutien non valides. Il était crédité d’1 % des intentions de vote. Certains opposants, comme l’ancien champion d’échecs Gary Kasparov, préfèrent purement et simplement boycotter le scrutin.

Se pose cependant le problème de la crédibilité. Comment se prétendre une démocratie si l’élection ne présente pas un minimum de pluralisme ? Le Kremlin répète que les élections sont justes et libres. Il est donc nécessaire qu’un candidat libéral se présente à l’élection. Ainsi vient Andreï Bogdanov, leader du parti démocrate, libéral, pro-occidental, qui demeure un parfait inconnu. A l’exception de Dmitri Medvedev, les candidats à la présidentielle n’ont été que peu visibles dans les médias, et les débats ont été peu nombreux.

Les observateurs internationaux sous tension

Le climat entre le pouvoir et les organisations étrangères chargées de surveiller les élections s’est tendu ces dernières semaines. Le 7 février dernier, l’OCDE a en effet annulé la mission d’observation des élections présidentielles. Plusieurs autres organisations lui ont emboîté le pas. Car le Kremlin a limité le nombre d’observateurs (pas plus d’une centaine), et a tardé à délivrer les visas.

Tensions également avec diverses ONG qui dénoncent un recul des droits civiques dans le pays, depuis quelques années. Parmi elles, Amnesty International, qui a publié il y a quelques jours un rapport accablant sur “le recul de la liberté d’expression, de réunion, et d’association”.

Vladimir Poutine jouit également d'une popularité massive. Pour beaucoup de Russes, Poutine a relevé le pays et a amélioré leurs conditions de vie. Il est auréolé de la relance économique du pays après la crise des années Eltsine, consécutive à la dissolution de l’Union soviétique. Ce mois-ci, le président faisait le bilan de son action: “La riche Russie était devenue un pays de pauvres. C'est dans ces conditions que nous avons commencé à appliquer notre programme pour sortir le pays de la crise”, déclarait-il, avant de se féliciter de la reprise économique du pays, qui affiche désormais une croissance annuelle entre 6 et 8 %.

Selon un récent sondage, 80 % des Russes ont l’intention de voter pour Dmitri Medvedev, symbole de la continuité de la politique de Poutine et du dynamisme économique. Son parti, Russie unie, a largement remporté les législatives de décembre dernier, avec des scores parfois surprenants : 99,4 % en Tchétchénie. Une popularité qui donne d’ores et déjà à ces élections une impression de simple formalité.

Emilie Iob
Strasbourg, France