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Sarajevo est en Europe. Depuis deux siècles, son histoire est dramatiquement la nôtre. Mais Sarajevo est tout au bout de l'Europe. Pas même une banlieue. Après la banlieue, il reste quelque chose, on peut aller plus loin. Pas ici. La pauvre voie ferrée qui se traîne jusqu'à la ville s'arrête ici. Une dizaine de trains seulement arrivent chaque jour dans la capitale de la Bosnie-Herzégovine et autant quittent la vallée. La ville n'est pas particulièrement pauvre mais désespérément triste. Sarajevo sent la mort. Tout est laid, sauf le sourire des petites filles. Lorsque je suis arrivé, il n'y avait de neige que sur les sommets qui semblent toujours menacer Sarajevo et sur les grandes places nues. Alors que je repars, les toits, les voitures, les trottoirs se cachent sous un voile blanc qui soulage. Innombrables traces de combat Les immeubles d'après la guerre poussent sans ordre, posés au hasard ou selon je ne sais quel caprice. L'Hôtel Grand est une barre qui camoufle un terrain vague au-dessus des voies de garage. Le Holiday Inn correspond à trois ou quatre cubes de béton jaune au centre d'un parking près du "quartier gouvernemental". Je suis allé voir la "frontière" qui sépare la fédération de Bosnie-Herzégovine (bosnio-croate) de la République serbe de Bosnie et en suis revenu mal à l'aise. J'ai fait la promenade des amoureux le long de la rivière ; j'en suis revenu plus déprimé encore. Toute la ville pue la mort. Il reste partout quelques ruines, saines cicatrices du siège. Mais ce qui dérange surtout, ce sont les innombrables traces de combat sur les façades d'immeubles qui vivent encore. « Kosova ! Kosova ! » Le cimetière que j'ai visité ce matin est rempli de tués de 1995. Dans ces tombes – musulmanes et chrétiennes plus ou moins mêlées – je n'ai pas vu de morts fiers, ni de ville fière de ses morts, ni de communautés instruites par le destin de leur ville. Hier soir, Euronews présentait un reportage sur ceux qui ont vraiment tourné la page. Par la fenêtre, je voyais une haute tour de bureaux en construction. Pour qui ? Sans doute pour les centaines de représentants de la communauté internationale... Des Bosniaques, je n'en ai pas encore rencontrés. Nulle raison d'espérer des améliorations rapides. Nous sommes samedi et depuis ce matin toutes les radios braillent "Kosova ! Kosova !" entre les retransmissions sportives. On ne parle plus que de ça dans les cafés ou à la gare. Le visage des policiers se ferme et la tension monte. Tous redoutent les conséquences de l'indépendance de la province serbe. L'indépendance du Kosovo ? A la bosniaque : un nouveau chapeau pour les actuels gouvernants et un protectorat européen sous un nouveau drapeau national.
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