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Nantes, France

TURQUIE | Kurdes de Turquie, un peuple bafoué

08/09/08 | René Péron & Gaël Le Ny

Newroz, premier jour du printemps, le nouvel an dans la vieille tradition mède est aussi fête nationale chez les Kurdes. Les grands rassemblements populaires autour des feux de joie commémorent l’histoire d’une première révolte rapportée par la légende.

Newroz à Dyarbakir. Un hélicoptère de l’armée turque resserre sa ronde au dessus des 600 000 kurdes qui se sont rassemblés pour allumer le brasier qui annonce la nouvelle année kurde.
Gaël Le Ny
Rennes France

C’est une des manifestations les plus spectaculaires où s’exprime l’attachement des populations du Kurdistan de Turquie (où seule est autorisée l’appellation d’Anatolie du sud-est) à leur identité. Témoins non avertis, nous découvrons stupéfaits le caractère massif de leurs revendications culturelles et politiques : libre enseignement et pratique de la langue kurde ; liberté d’expression et d’organisation pour les associations et les partis engagés dans la conquête et la défense pacifiques de ces droits.
L’État turc a une longue tradition de répression violente de ces aspirations et de ces combats. Et les Kurdes, une non moins longue habitude de la résistance armée. Trahissant ses promesses d’autonomie, Kemal Atatürk, aussitôt parvenu au pouvoir, exerça de cruelles persécutions contre la langue kurde et contre les confréries religieuses très nombreuses et vénérées dans la région. Seize insurrections lui répondirent. Après le coup d’État militaire de 1980, l’oppression connut un regain de brutalité. La guérilla, menée par Ocalan et le PKK (le parti des travailleurs kurdes) est née dans ce contexte. Elle dure depuis.
Comme toute armée confrontée à une lutte de libération soutenue par une population, l’armée turque a cherché, en vidant les villages acquis à la cause kurde, à couper la guérilla de ses bases de recrutement et de ses approvisionnements. Karapinar est l’un de ces 4000 villages.

Une huitaine d’années après la création de la “Délégation rennaise Kurdistan”, qui a donné naissance aux Amitiés kurdes de Bretagne, une série de rencontres et d’entretiens a permis de reconstituer l’histoire de ce qui, une fois les témoignages d’une vingtaine de familles élargies rassemblés, s’est révélé être la migration de quasiment tout un village vers les grands ensembles de Rennes.
Déplacement dans l’espace et dans le temps : ils étaient éleveurs et bergers dans leurs montagnes ; désormais maçons, ils habitent le troisième ou le septième étage d’un immeuble de Maurepas, Villejean, Le Blosne. Les femmes, plus isolées, y souffrent des maux de l’exil encore davantage que les hommes.

Un jour de Ramadan, Karapinar est encerclé par les militaires. Cette première opération d’intimidation a tenté, par les coups, les insultes, les humiliations, d’obtenir que les hommes du village s’enrôlent dans la force supplétive paramilitaire des «protecteurs de village». Leur refus unanime est à l’origine des exactions qui se sont alors succédées : fouilles, arrestations, interrogatoires musclés, tortures, destructions des maisons des familles dénoncées comme apportant leur aide à la guérilla ou liées à elle par l’engagement d’un fils ou d’un frère.

Avec l’argent des bêtes vendues dans la précipitation au quart de leur valeur, quelques-uns ont directement tenté de gagner un pays européen pour y demander l’asile. D’autres ont essayé de s’installer dans les banlieues des grandes métropoles turques : Dyarbakir, Ankara, Istanbul. Ils y ont connu la misère. Ils continuaient d’être suspectés, recherchés, accusés d’être proches d’une des victimes, d’un membre de la guérilla, d’appartenir à leur famille, à leur parenté, à leur village. D’être Kurde. «Alors on s’en va, le temps de réunir l’argent nécessaire». Pendant cinq, six ans, les femmes, les enfants, les frères et sœurs, les cousins, les voisins, se regroupent, arrivent par des routes différentes.

Chacun raconte la même journée meurtrière. Puis viennent les histoires singulières : deuils, voyages dans la clandestinité payés cher aux passeurs, séparations, liens distendus avec les parents restés au pays. Difficile intégration dans le grand ensemble. Il existe une solidarité entre ceux qui ont obtenu l’asile politique et ceux qui n’ont pas le droit de travailler, ceux dont la demande ou le recours est en instance, et ceux à qui le statut a été refusé. Ils ne comprennent pas, ils ont tous été victimes de la même oppression et ont tous à craindre une reconduite en Turquie.
Une fois physiquement anéanti, un village comme Karapinar ne cesse d’exister. Ses habitants continuent de dépendre les uns des autres, quand bien même les distances qui les séparent atteignent plusieurs milliers de kilomètres. Cette dépendance est affective, économique.

Déracinement et dépérissement expliquent la tristesse des visages et nourrissent l’espérance du retour. Car là-bas, Karapinar demeure interdit, à moins d’y être reconduits de force.

Après les changements entrevus, les cessez le feu unilatéraux, les promesses inscrites dans les réformes inspirées par le processus d’adhésion de la Turquie à l’Europe, la situation s’est donc aggravée. Ankara a pris cette année la décision de porter la guerre sur le territoire irakien et de l’intensifier, tant contre les combattants du PKK que contre les élus du DTP (parti légal kurde représenté au parlement d’Ankara par une vingtaine de députés). Même contre un maire qui ne ferait qu’adresser à ses administrés ses voeux de nouvel an en kurde, « Newroz pirôz be »

Rédacteur : René Péron, Rennes, France
Rédacteur : Gaël Le Ny, Rennes, France

Checkpoint dans la ville de Derick. Un tiers de l’armée turque est concentré dans l’est de la Turquie afin de contrôler les hommes et de limiter leurs déplacements. On compte un de ces barrages routiers à peu prés tous les trente kilomètres.
Checkpoint dans la ville de Derick. Un tiers de l’armée turque est concentré dans l’est de la Turquie afin de contrôler les hommes et de limiter leurs déplacements. On compte un de ces barrages routiers à peu prés tous les trente kilomètres. Gaël Le Ny
Rennes France
Foule rassemblée pour la Newroz faisant le "V" de la victoire.
Foule rassemblée pour la Newroz faisant le "V" de la victoire.Gaël Le Ny
Rennes France
Premiere entretiens à Rennes.
Premiere entretiens à Rennes.Gaël Le Ny
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Village kurde au pied du Mont Ararat.
Village kurde au pied du Mont Ararat.Gaël Le Ny
Rennes France
 Ci-dessus, Abdulmenaf : se sentant en danger, il a fuit à Ereli, près de Konya. Un jour de 2001, alors qu’il était au travail, sa femme lui téléphone : «la police est venue te chercher». Alors c’est de nouveau la fuite : Istanbul, un passeur, Paris... et Rennes.
Ci-dessus, Abdulmenaf : se sentant en danger, il a fuit à Ereli, près de Konya. Un jour de 2001, alors qu’il était au travail, sa femme lui téléphone : «la police est venue te chercher». Alors c’est de nouveau la fuite : Istanbul, un passeur, Paris... et Rennes.Gaël Le Ny
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Orhan : «Les militaires venaient, encerclaient le village, menaçaient les femmes, frappaient les hommes et incendiaient quelques maisons. Un jour, pour prouver que le village cachait des terroristes, ils prirent trois bergers qui gardaient leurs troupeaux, près du village, les exécutèrent et les habillèrent en combattants du PKK...»
Orhan : «Les militaires venaient, encerclaient le village, menaçaient les femmes, frappaient les hommes et incendiaient quelques maisons. Un jour, pour prouver que le village cachait des terroristes, ils prirent trois bergers qui gardaient leurs troupeaux, près du village, les exécutèrent et les habillèrent en combattants du PKK...»Gaël Le Ny
Rennes France
Ayse : elle se souvient du matin où la maison a été incendiée. Elle vit en France depuis 1999, et s’est mariée avec un kurde, un veuf avec un enfant qu’elle élève comme son fils.
Ayse : elle se souvient du matin où la maison a été incendiée. Elle vit en France depuis 1999, et s’est mariée avec un kurde, un veuf avec un enfant qu’elle élève comme son fils.Gaël Le Ny
Rennes France
Newroz, Çukuça un village sur la frontière entre la Turquie et l’Irak, les hommes revêtent l’habit traditionnel, qui est aussi l’uniforme de la guérilla kurde. Les hommes défient la police en ce jour de nouvel an kurde, en signant le V de la victoire.
Newroz, Çukuça un village sur la frontière entre la Turquie et l’Irak, les hommes revêtent l’habit traditionnel, qui est aussi l’uniforme de la guérilla kurde. Les hommes défient la police en ce jour de nouvel an kurde, en signant le V de la victoire.Gaël Le Ny
Rennes France
Préfecture de Rennes. Bureau des étrangers.
Préfecture de Rennes. Bureau des étrangers.Gaël Le Ny
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Dalle Kennedy, Rennes.
Dalle Kennedy, Rennes.Gaël Le Ny
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Newroz  à Dyarbakir. L’homme tend sa carte d’identité au slogan de «si nous sommes turques, comme vous le prétendez, nous kurdes, nous réclamons l’égalité des droits»
Newroz à Dyarbakir. L’homme tend sa carte d’identité au slogan de «si nous sommes turques, comme vous le prétendez, nous kurdes, nous réclamons l’égalité des droits»Gaël Le Ny
Rennes France
Pèlerinage à Silvan;
Pèlerinage à Silvan;Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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Gaël Le Ny
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