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Leurs armes : bêches, râteaux, fleurs de toutes les couleurs ou plantes discrètes. Leur mission : transformer les friches urbaines à l'abandon en oasis verdoyantes. Julia Jahnke, 33 ans, est jardinière à sa façon. Elle ne limite pas son ardeur aux quatre murs de son jardin, mais se donne plutôt pour tâche de planter sur les terrains publics et de les rendre attractifs. Quand elle s’installe à Berlin pour ses études, en 2000, la capitale lui paraît trop triste. Alors elle se met au travail et commence à embellir les terrains délaissés de la ville – dans l'improvisation. « J'ai d'abord apporté de la terre, agencé des parterres et cultivé des légumes, des fleurs et des herbes », se souvient Julia. Pourtant, ce qu'elle fait depuis maintenant sept ans est strictement illégal. Seules les personnes habilitées par la ville sont autorisées à donner vie aux espaces publics. Opérations planifiées Malgré ce contexte, Julia n'a jamais eu d'ennuis. Au contraire : la plupart des passants qui observent ses plantations félicitent son engagement et se réjouissent de son travail. Certains se proposent même de l'aider. Mais Julia n'est de toute façon plus seule : à Berlin, pour les plus grosses actions, elle retrouve d'autres jardiniers engagés qui souhaitent changer le visage de leur ville. Les opérations (« Einsätze ») sont planifiées sur un site Internet. Bien souvent, les plantes sont offertes ou même autoproduites : ainsi la plantation ne coûte quasiment rien aux volontaires. Ils nomment leur activité le « guerrilla gardening ». Cette dénomination fait son apparition à New York dès les années 1970. Le concept de « guerilla » (petite guerre) fût employée pour la première fois au début du XIXe siècle lors de la guerre d'indépendance espagnole contre Napoléon et passa ensuite dans le vocabulaire courant. Les combattants de la guerilla espagnole voulaient alors reconquérir leur pays. La motivation des premiers guérilleros des jardins était semblable – même si aujourd'hui les motifs mis en avant sont de plus en plus écologiques et sociaux. Les premières activités qui s'apparentent à l'actuel guerrilla gardening furent observées dès le XVIIe siècle. Ignorance ou malveillance Aujourd'hui les guérilleros des jardins agissent dans le monde entier. Leurs actions sont toujours plus imposantes et attirent même l'attention des médias. Ainsi en 1996, un millier de complices transformèrent en l'espace d'une nuit un terrain vague de Copenhague en jardin. En 2000, plusieurs milliers de guérilleros se réunirent à Londres pour agrémenter le Parliament Square de légumes et de fleurs. Cependant, leur travail ne semble pas être apprécié partout de la même façon. « Constamment, des choses sont détruites », rapporte Julia Jahnke, avant de nuancer : « mais bien souvent plutôt par ignorance que par malveillance. »
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