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À proximité de la place de la Bastille, la Maison Rouge présente l'exposition "Sots Art, art politique en Russie de 1972 à aujourd'hui". Le curieux qui pénètre dans ce bâtiment est accueilli par une sculpture de Mickey et Minnie dans une réplique du fameux monument "L'ouvrier et la kolkhozienne", symbole de l'union du prolétariat soviétique. Le ton est donné : décalage, ironie, critique et humour. L'exposition s'organise autour d'un petit patio dans lequel est dressé "Le pavillon rouge" d'Ilya Kabakov duquel s'échappe une musique triomphale. Ce pavillon est l'emblème d'une époque pleine d'illusions et d'apparences entretenues par le régime. Le mouvement Sots Art, premier mouvement d'avant-garde soviétique, est apparu en URSS dans les années 1970. Cette nouvelle façon de penser, s'inspirant du Pop Art occidental, se veut une réponse au réalisme soviétique prôné par les autorités et propose une fusion entre l'avant-garde et l'art officiel. Les artistes s'emparent de slogans, de figures, de coutumes ou de formes de propagande soviétique et les détournent pour en faire des œuvres inédites, caricaturales et décalées. Censure participative L'exposition présentée à Paris rencontre un franc succès d'autant plus qu'elle a beaucoup fait parler d'elle après que Eleonora Tian, porte-parole de la Galerie Tretiakov (co-organisatrice de cet événement) a annoncé qu'une dizaine d'œuvres ont été censurées. En effet, le ministre russe de la Culture a lui-même déclaré que certaines œuvres étaient honteuses pour la Russie et qu'il avait "tout fait pour que l'exposition ne parte pas à Paris". L'une des œuvres restées à Moscou, le photo-collage "Ère de charité" (2004) de Misine et Chabourov, met en scène deux policiers s'embrassant dans la neige dans une forêt de bouleaux. Cet été, cette œuvre était exposée à la galerie moscovite Art-4. En entrant, le visiteur recevait un autocollant "pour" et un autre "contre" pour lui permettre de voter ; et régulièrement les œuvres ayant le plus de "contre" étaient remplacées. Autant dire que l'œuvre de Misine et Chabourov, qui oppose des symboles de la Russie (bouleaux, forces de l'ordre censées incarner l'homme fort et viril) et l'homosexualité encore taboue et rejetée dans la société russe actuelle, a fait débat ! Finalement, cette censure a eu un effet probablement imprévu par les autorités, puisqu'elle en a fait tout le succès parisien. Mais c'est également un élément révélateur de la Russie poutinienne qui peine à rompre définitivement avec des pratiques anciennes.
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