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ROYAUME-UNI | Londres : une nuit avec les guérilleros des jardins

22/01/08 | Bastien Leclair

Entre deux groupes de supporters imbibés de bière, vous voici nez à nez avec des jardiniers anglais qui n'ont pas pour seul souci le gazon de leur cottage.

La nuit tombe ce dimanche sur Highbury Tube Station, district d'Islington, Londres. Je me faufile entre quelques vans fumants d'effluves de hot-dogs, assaillis par une horde de supporters revenant tout juste de l'Emirate Stadiums, deux stations plus loin. Non loin de Saint Paul's Road, dans une petite ruelle sombre, quatre "guérilleros" m'attendent.

Vélo, fourche et semences

Tous dans leur mi-trentaine, plutôt souriants et volubiles, ils m'accueillent avec une tasse de café. Après les présentations d'usage, nous nous dirigeons vers le "spot". Un lieu que nous ne connaissons que par les photos laissées sur le forum Internet de la communauté par l'un des quelque 3000 adhérents londoniens du mouvement "guerrilla gardening".

Le mode opératoire est toujours le même. Un membre, ou un simple visiteur du site, indique un lieu, un bac à fleurs, un petit jardin public laissé à l'abandon et qui mériterait une petite session de relooking. Les guérilleros arrivent, défrichent, plantent et entretiennent l'endroit pour essayer, pouce par pouce, de faire des rues de Londres un espace plus agréable.

Andrew est un écolo jusqu'au bout des pieds. Et si rien ne transparaît de son apparence si typiquement anglaise (cheveux blonds et courts, jeans, baskets, et un simple t-shirt dans la froide nuit de décembre), sa vie, tant professionnelle que personnelle, est entièrement placée sous le signe de la reforestation et de l'écologie. Et ses déplacements locaux ne se font jamais autrement qu'à vélo, son "seul moyen de transport d'un bout à l'autre de Londres, bien plus fiable et rapide que le métro !" Alors qu'il en décroche la grande fourche qui l'accompagne deux à trois fois par semaine dans ses missions jardinage, il m'explique comment, la veille, il a récupéré quelques dizaines de fleurs et arbustes en pot dans une usine désaffectée promise à la démolition dans le nord de Londres.

Les riverains aussi ont la main verte

Dans sa besace aujourd'hui : quelques graines et bulbes vivaces (perce-neige, cyclamen et autres bruyères), semences idéales pour l'hiver qui ne fait que commencer, ainsi que pour le petit espace de terre au coin d'un mur qui se présente à nous. Andrew s'empare de sa fourche pour remuer la terre... Bonk ! Un deuxième essai un peu plus loin... Re-Bonk. Pas de chance. La couche de terre est trop fine pour un plantage réellement efficace. Quelques graines sont quand mêmes plantées et l'espace sera surveillé par un résident local dans les prochaines semaines.

Nullement décontenancés, nos guérilleros se dirigent vers un grand bac de terre au milieu duquel trône un chêne imposant. Ils y plantent avec enthousiasme les graines de quelques fleurs vivaces qui seront capables de s'adapter à la concurrence du géant.

Quelques minutes plus tard, les guérilleros aux mains vertes se dispersent déjà et se donnent rendez-vous pour une prochaine mission. Je remonte Saint Paul's Road en compagnie d'Andrew. Il me raconte les origines du mouvement, né quelque part dans le San Francisco des années 1960, selon lui (d'autres sources parlent plutôt de New York). Puis il insiste sur la vaste diversité des participants aujourd'hui, bien loin de se résumer à une simple communauté écolo chevelue, et sur la sympathie des riverains qui bien souvent, viennent prêter main forte ou agrémenter d'un café ou d'un petit casse-croûte l'action des "jardiniers".

Nous croisons un nouveau supporter d'Arsenal, finement éméché, bière à la main, le visage marqué par la défaite du jour. La canette atterrira probablement sur notre spot ou sur un autre espace vert du quartier, on n'y peut rien mais qu'importe, petit à petit, le guerrilla gardening fait sa place au coeur de la ville.

Bastien Leclair
Reading, Royaume-Uni