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Pensez-vous que la KFOR [la force de l’Otan qui sécurise le Kosovo] sera efficace dans la protection de la minorité serbe du Kosovo ? C’est ce que dit la KFOR, ainsi que les Albanais du Kosovo. Les Albanais ont intérêt, et j’espère qu’ils vont tenir parole, de protéger les Serbes qui restent car cela leur donnera de la crédibilité et de la légitimité aux yeux de la communauté internationale. Ce dont j’ai peur, c’est des activités des services de sécurité de Serbie. Bien sûr, les radicaux des deux côtés peuvent provoquer, mais j’espère que la KFOR est maintenant rodée à la manière de protéger ce territoire, contrairement à leur performance de 2004. Ce sont encore les radicaux qui ont partagé le Kosovo à ce moment-là. On aura probablement une sorte de « soft partition » qui pourra changer avec le temps si l’UE fait attention au processus, ce qu’elle n’a pas fait en Bosnie. Je pense que le principe ne fonctionne pas. Ca dresse les communautés les unes contre les autres. La KFOR a annoncé qu’elle lançait une opération de sécurisation du nord du Kosovo. N’est-ce pas la preuve que nous sommes à la veille d’un conflit militaire, au moins entre groupes paramilitaires, voire entre armées ? C’est une possibilité, mais je veux croire que nous ne nous engageons pas dans un conflit. Je suis sûre que les gens ne sont pas prêts à se battre, mis à part les paramilitaires qui sont toujours organisés. Ils vont tenter d’utiliser cette période pour façonner la Serbie. Pensez-vous que ces groupes, tels que la Garde du Prince Lazar, pourraient être soutenus financièrement par le gouvernement serbe? Ces groupes ont toujours été connectés à l’Etat, partout en Serbie. Et si quelque chose arrive, ce sera une agression de l’intérieur. Nous sommes encerclés par des pays de l’Otan, partenaires ou membres de l’UE, donc la Serbie ne peut pas provoquer une autre guerre, mais elle peut certainement provoquer des incidents au Kosovo lui-même. Il y a beaucoup de services de sécurité qui y sont concentrés, on peut donc aisément développer tous styles de scénarios. Ils peuvent ouvrir une nouvelle crise au Sandjak [région située entre le Monténégro et la Serbie], les choses sont prêtes là-bas : ils ont rompu les communautés historiques, ils se sont confrontés aux leaders locaux, ils ont créé une atmosphère et des conditions qui peuvent facilement être transformées. Certains analystes disent que l’UE ne pourra pas résoudre la crise… Les choses changent. Après quinze ans de hauts et de bas sur différentes questions, l’UE est finalement arrivée à comprendre qu’elle doit réagir unanimement, et je pense que ceci peut être le point de départ. Ce qui est sûr, c’est que l’indépendance du Kosovo ne va pas être déclarée immédiatement : ce sera une sorte de processus avec la médiation de l’UE et des Etats-Unis. D’autre part, la communauté internationale est en train d’essayer d’attacher la Serbie au processus européen. Il n’y a pas de consensus au sein de notre classe politique sur le futur européen de la Serbie. L’UE tente de trouver un accord politique avec la Serbie qui puisse très vite l’amener à la position de candidat avec des critères rabaissés afin d’y maintenir la Serbie. Je pense que la communauté internationale est vraiment prête à aider la Serbie, en lui offrant des choses qui n’ont pas été offertes aux autres voisins de la région. Combien de temps la Serbie, au milieu d’une aire UE-Otan, va pouvoir survivre sans intégrer les deux organisations ? C’est une bonne question. L’aventure serbe est terminée. Elle est désormais en déficit de foi. Je pense que cela dépendra aussi de l’alternative qui sera développée en Serbie. Il y a aujourd’hui des jeunes gens, mais en isolation complète. Je pense que cette nouvelle génération est vraiment le groupe cible avec lequel devrait discuter l’UE afin de préparer un nouveau leadership en Serbie.
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