DESSIN

Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

PAYS-BAS | Le frison s’impose avec ses gros sabots

17/01/08 | Maaike Zunderdorp

Bilingues, les Bataves ? En plus du néerlandais, les Pays-Bas possèdent une langue souvent méconnue chez ses voisins : le frison. Une langue qui n’a de minoritaire que le nom.

Colorisation : Marius
Louise Fessard
Strasbourg France
C'est une langue germanique, assez proche du néerlandais, avec de nombreuses influences anglaises. Le frison n'est parlé que dans une province du nord des Pays-Bas, la Frise (Fryslân). Si la plupart des Néerlandais ne comprennent pas cette langue, ils peuvent en reconnaître quelques mots. Dans la région, le frison est loin de s'affaiblir. Il possède même plusieurs formes. Sa version "standard" est utilisée comme langue de l'administration et d'enseignement, mais il existe sept autres dialectes frisons ; en outre, le frison du nord est également parlé dans la région frontalière entre l'Allemagne et le Danemark.

700 000 frisophones

Il faut dire que les autorités locales ont su cultiver ce particularisme, en adoptant des politiques régissant l'usage de la langue. Ainsi, la municipalité de Tytsjerksteradiel, suite à un procès, a demandé la traduction en frison de documents officiels. Et les noms de rue, ainsi que le site Internet de la Frise, sont bilingues.

Des sondages menés en 2004 révèlent qu'environ 400 000 personnes parlent le frison dans la région, dont 350 000 en première langue. Dans une région qui compte un peu moins de 700 000 habitants, le chiffre est loin d'être minoritaire. Et le frison s'exporte, puisque le nombre de frisophones dans le monde avoisinerait les 700 000.

Mais on n'arrive pas à de tels chiffres en un claquement de doigts. Depuis 1980, le frison est devenu obligatoire dans les écoles primaires de la région, optionnel dans les lycées. Et si la Frise ne possède pas d'université, celles d'Amsterdam et de Groningue proposent des cours de frison. L'idiome est même enseigné à l'université de Kiel, en Allemagne, et des cours occasionnels sont donnés aux enfants des émigrants frisons à Grand Rapids, dans le Michigan, aux États-Unis.

Du fado en frison

Pour sauvegarder la culture frisonne, différents instituts sont responsables de l'organisation et de la promotion d'études, de conférences, de publications, de musique, etc. La télévision n'est pas non plus épargnée par la déferlante frisonne. Depuis 1994, il y a deux heures par jour de programmes télévisés en frison.

La langue plaît aussi aux Néerlandais des autres provinces. En 2000, le duo Twarres, qui chante en frison, a vu sa chanson Wêr Bisto (Qui es-tu ?) squatter la tête du hit parade pendant plusieurs semaines. Quant au chanteur Nynke Laverman, il a traduit du fado en frison et connaît désormais un énorme succès aux Pays-Bas.

Le frison prendrait-il de l'ampleur ? Paradoxalement, aux Pays-Bas c'est sur la langue de minorité que la mondialisation semble faire peser le moins de menaces. Quand nombreux sont ceux qui craignent que l'émergence de l'anglais ne modifie pour de bon le néerlandais, il n'est pas sûr que l'on observe les mêmes effets sur le frison, qui est peut-être mieux protégé que la langue officielle.

 

Pour en savoir plus:

http://ec.europa.eu/education/policies/lang/languages/langmin/euromosaic/nl1_fr.html

Maaike Zunderdorp
Amsterdam, Pays-Bas
Traduit par
Marie Deblonde

Louise Fessard
France


Journée mondiale contre la torture
26 juin, journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture
Visiter le site