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Nantes, France

ALLEMAGNE | Arc-en-ciel littéraire à Leipzig

11/06/08 | Laura Daub

En mars dernier eut lieu la foire aux livres de Leipzig. Une gigantesque salle de lecture pour tous avec la Croatie comme thème principal. Les nombreuses particularités des Balkans transparaissent dans leur littérature pas comme les autres. Découverte.

augustusplatz à Leipzig

"Incroyable, cette langue allemande. Dès qu’on me la lit, ça fait sérieux", lâche Emir Imamovic secouant la tête après la salve d’applaudissements qui suit sa lecture d’extraits en allemand. L’auteur bosniaque siège entre ses collègues serbes, croates et slovènes sous une galerie garnie de visages sculptés d’auteurs et de rangées de bouquins. Par un éventail d’anecdotes, il illustre l’image grotesque du quotidien bosniaque d’où il tire toujours ses récits.

Leipzig, la foire haute en couleurs
"La réalité de la vie par la littérature. La culture, ciment entre les peuples", martèlent les articles décrivant la foire de Leipzig. „Nous voulons créer des réseaux, ce qui est possible grâce à la situation géographique de Leipzig.“, explique Gesine Neuhof, la responsable de la foire, le carrefour entre les littératures de l’Ouest et de l’Est depuis le dix-septième siècle. À l’instar de la foire croate de Pula sur la côte adriatique, celle de Leipzig est parallèlement devenue le plus grand festival de lecture d’Europe. Comme Pula, c’est une foire destinée au grand public et elle se distingue donc des foires réservées aux spécialistes.

Problèmes d’orientation dans les Balkans
"En Croatie, c’est surtout notre culture junkie qui traverse les frontières“, raconte Jurica Pavcic, critique culturel croate et auteur de romans policiers à propos de la littérature balkanique contemporaine. Ce dernier partage son stand avec Emir, le bosniaque. "Mais, sinon, culturellement, on ne se différencie pas beaucoup.“ ajoute-t-il. Cela rassure un groupe de visiteurs assis dans le "Café Europa“. Ceux-ci viennent de découvrir perplexes l’appartenance à l’Union de la Hongrie et de la Slovénie qu’ils plaçaient avec difficulté quelque part entre la Pologne et la Grèce.

Mais, Jurica comprend ce genre de difficultés à délimiter les frontières: "Il est drôle de remarquer que la situation de l’Allemagne en tant qu’État autrefois divisé et celle de l’Ex-Yougoslavie sont diamétralement opposées. Les Allemands ont une langue unique mais deux héritages culturels différents. Dans les Balkans, chacun parle une langue diffente. Pourtant, les traditions, les valeurs et les souvenirs se distinguent très peu les uns des autres.“ C’est pourquoi le thème principal de la foire dépasse les frontières de la Croatie englobant les Balkans même s’il est financé par le ministère croate de la Culture comme amorce au plan prévu pour une durée de trois ans visant à ancrer la littérature croate sur le marché allemand du livre.

"Je pense qu’être écrivain dans le chaos d’une guerre ou d’un système en mutation, c’est tout à fait autre chose. D’une telle réalité naît un tout autre type d’art, une toute autre perception de la vie qui marque les artistes“, conclut-il

Écrire et rire à propos de la douleur d’un peuple
Les uns racontent la réalité grotesque, l’injustice quotidienne avec un humour noir à la Korn et se réjouissent comme Émir de la BD-roman qui peut dépeindre tout le tragique. D’autres, comme le grand auteur hongrois Attila Bartis, broyent du noir à propos de l’âme brisée et du moral d’un peuple désorienté et traumatisé par la guerre. Ils le transforment en mots qui pèsent longtemps sur l’estomac.

En parlant avec lui, j’ai rapidement remarqué que l’histoire de ses deux pays d’origine, la Transsylvanie et la Hongrie ne faisait pas partie de ses sujets de prédilection. Cela le touche trop et de manière trop compliquée pour qu’il puisse en parler. "En tout cas, je ne pourrai jamais cesser d’écrire sur ce qui s’est passé“, avoue-t-il avec un sourire crispé. Un sourire sans engagement mais qui semble laisser planer une ombre sous la verrière éclairée par les rayons du soleil du hall des expos leipzigois.

Soviel kaputt aber so vieles nicht
Je termine ma visite de la foire et j’aperçois une star de pop sur le divan bleu de la chaîne de télévision ZDF, la main à vif à force de signer des autographes: Judith Holofernes, la jolie chanteuse à la verve éloquente du groupe allemand Wir sind Helden ("Nous sommes des héros“). Avec ses chansons à textes de musique pop, elle donne son impression de la littérature balkanique. Une parole de ses chansons semble l’illustrer particulièrement:
"Soviel kaputt aber so vieles nicht, jede der Scherben spiegelt das Licht“. „Autant de casse mais pas tant que ça, le bris reflète la lumière“.

Rédacteur : Laura Daub, Berlin, Allemagne
Traducteur : Marie Deblonde, Brussels, Belgique




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