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Nantes, France

POLOGNE | Varsovie chasse les marchands du stade

16/01/08 | Dimitri Dimitriadis

Depuis la chute du communisme, le stade de la ville est devenu le temple de l’économie souterraine polonaise. Sa destruction programmée risque de laisser sur le carreau vendeurs et acheteurs peu fortunés.


Delphine Hourdequin
Rennes France

Varsovie va raser son stade. D'ici quelques années, il ne restera plus rien de ce symbole de l'ère communiste. Il laissera place à un nouveau stade moderne et imposant qui devra accueillir l'Euro 2012.

L'immense stade en béton gris situé au cœur de la ville a été construit en 1955 à l'occasion du 10ème anniversaire de la République populaire de Pologne. Depuis, il n'a jamais été restauré. Au moment de la chute du communisme, en 1989, un accord a été passé avec une entreprise gérant l'organisation de petits commerces. C'est ainsi que l'ancien stade communiste décrépit s'est transformé en un immense bazar hétéroclite attirant des milliers de vendeurs et d'acheteurs de toute la Pologne, mais aussi de Russie, d'Arménie, du Bélarus, d'Ukraine, du Vietnam, de Mongolie, de Chine et depuis peu d'Afrique. On y trouve de tout. Des cosmétiques à 50 centimes d'euro aux vêtements en tous genres, en passant par des lapins ou des volailles.

Nouveau stade, nouvelle halle

La destruction du stade risque fort de laisser ces dizaines de petits commerçants sur le carreau. Du coup, la ville de Varsovie s'est laissée jusqu'à septembre 2008 pour trouver un emplacement où construire une halle commerciale. Objectif : reloger tous les marchands chassés du stade. Mais le déménagement de cet immense bazar en plein air dans une halle close est loin de faire l'unanimité. D'autant plus qu'enfermés, les marchands risquent de se heurter beaucoup plus étroitement au contrôle des agents publics. Ce changement entraînerait le naufrage de toute une économie souterraine faisant vivre des centaines de personnes.

"Mon cousin, gravement atteint d'asthme, touche des indemnités sociales ne s'élevant qu'à 700 zlotys par mois (175 €, ndlr), explique Michal, 47 ans. On ne peut pas vivre avec ça. Donc, comme beaucoup de Polonais dans la même situation, il vient régulièrement acheter de la marchandise très bon marché ici, importée de l'Est, pour la revendre illégalement dans les villages du sud de la Pologne. Le déplacement du marché mettra tous ces gens dans une situation très difficile."

Elan vers la modernité

Mais les Polonais ne sont pas les seuls à participer à cette gigantesque économie souterraine. Tous les jours, des bus spéciaux sont affrétés depuis Kiev, Lviv et Minsk (Ukraine) à destination du stade de Varsovie, et assurent la logistique de ce marché illégal.

Ce projet constitue pourtant un véritable élan vers la modernité, et la presse se fait l'écho de la fierté de la majorité des Polonais. Derrière son stand de pulls, Daniela, 65 ans, confirme : "À Varsovie, il n'y a pas encore de grand stade. C'est très bien pour la ville et pour le pays que quelque chose comme ça se fasse." Quitte à ce que certains restent à l'écart et pâtissent de ces bouleversements, sacrifiés sur l'autel de la modernisation du pays.

Dimitri Dimitriadis
Athens, Grèce