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Des roulements de tambours envahissent l’artère commerçante de la capitale serbe. Un jeune homme en costume, marteau de commissaire-priseur à la main, clame des noms de rues de la capitale en les offrant aux enchères au porte-voix. Derrière lui, des panneaux titrent en caractères gras « STOP. SERBIE FORTE ». Devant lui, trois personnes déguisées en crocodiles, symbolisant les puissances occidentales, achètent les rues les unes après les autres. Après quelques ventes, un jeune homme surgit du public et sort furtivement un pistolet automatique et fait mine d’abattre les trois crocodiles, qui feignent de mourir sous les applaudissements. Il rengaine très rapidement. La police surveille. « Il faudrait une bonne guerre » Cet happening politique a été organisé à l’initiative du PSS, un « parti indépendant » dont Goran et trois de ses amis se disent sympathisants. Ils participent en agitant quelques drapeaux aux couleurs serbes et européennes entremêlées, en conspuant les puissances occidentales et en applaudissant chaleureusement à la mort des reptiles voraces. Mais c’est sans grande conviction qu’ils tentent ensuite de trouver une alternative à une indépendance kosovare, probablement inévitable après l’échec des dernières négociations bipartites. Amusé, l’un d’eux lance qu’« il faudrait une bonne guerre… », avant de se faire corriger par un de ses camarades pour qui la guerre ne porte que mort et désolation. Ils savent d’ailleurs que le rapport de force entre l’armée serbe et l’Otan leur est plus que défavorable. Le regard dans le vide, la résignation gagne les jeunes amis alors que les badauds se dispersent. « Dieu punit la Serbie » Du côté religieux aussi, on semble se préparer au deuil d’un Kosovo serbe. Sasha, producteur radio et bénévole pour une paroisse orthodoxe de Belgrade tient à diffuser le voyage effectué par son pope au sud du Kosovo, en zone serbe. Un « voyage humanitaire » pour distribuer des vêtements aux enfants serbes du Kosovo. Bien que pour lui les Italiens de la KFOR – la force de l’OTAN qui sécurise actuellement le Kosovo – sont un atout pour la protection de la minorité serbe du Kosovo, car « ils ont peur de Dieu », il n’est pas sûr qu’ils soient suffisamment nombreux pour mener à bien leur mission. Pour lui, comme pour la majorité des Serbes, le symbole, l’histoire et la spiritualité sont inséparables : « Dieu punit la Serbie comme pendant l’occupation ottomane. » Il relativise, en quelque sorte : « Nous devons respecter les dix commandements… mais pourquoi aurais-je peur de mourir ? Si je meurs, je rejoins mon père. » Le culte du martyr fait en effet partie intégrante du patrimoine historico-culturel serbe. Les immeubles officiels éventrés lors des bombardements de l’Otan en 1999 affichent toujours leurs plaies et participent à cette idée. Ceux qui s’en défient sont rares et se font discrets. « Nos dirigeants n’ont rien à faire des Serbes du Kosovo » Vladimir, un sexagénaire travaillant sur son ordinateur portable dernier cri en face de la Basilique Saint-Sava, prudent, n’accepte de parler qu’aux étrangers. Il se dit « opposé à toute forme de frontière », en précisant que cette vision est très minoritaire dans le pays. Il a essayé toute sa vie d’éviter le cynisme face aux évènements historiques, et il aimerait avoir tort, mais il croit qu’aucun leader mondial ne se soucie réellement des populations du Kosovo, et que les troubles entre les communautés, organisées secrètement en groupes paramilitaires, seront difficiles à éviter. D’autres parlent haut et fort pour dénoncer ce qui serait un double jeu des hommes politiques serbes. Sonja Biserko, présidente du Comité Helsinki pour les droits de l’homme, est de ceux-ci. Elle en paye d’ailleurs le prix fort en recevant régulièrement des menaces de mort. Posée, elle soutient que les trois principaux partis de Serbie, les ultranationalistes du SRS, les nationalistes « modérés » du DSS et les démocrates du DS jouent avec la question du Kosovo une carte identitaire à des fins électoralistes. C’est un bon moyen, dit-elle, pour obtenir des compensations de la communauté internationale. Il lui semble clair que la population serbe a pleinement conscience des tactiques de ses dirigeants. A l’évocation d’une possible fermeture par la Serbie de la frontière avec le Kosovo en cas de déclaration unilatérale d’indépendance par Pristina, elle lance : « C’est bien la preuve que nos dirigeants n’ont rien à faire de la population serbe du Kosovo ! »
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