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EUROPE | Elections en Géorgie : vers une sortie de crise ?

04/01/08 | Nicolas Landru

Les Géorgiens ont voté samedi 5 janvier pour élire leur nouveau chef d'Etat. Des élections anticipées décidées par l'actuel président Mikhaïl Saakachvili, suite aux manifestations de novembre 2006.

Le Parlement géorgien

Tbilissi. La capitale géorgienne, « ville aux mille balcons » adossée aux collines à garrigues qui dominent le fleuve Koura, a connu un automne bien mouvementé. La prestigieuse avenue Roustavéli, spacieux centre névralgique de la ville aux larges trottoirs, est habituellement l'endroit où les Tbilissiens aiment flâner en bavardant, en chiquant des graines de tournesol ou en mangeant des glaces. Mais l'automne dernier, elle est devenue le cœur d'âpres confrontations qui ont fait ressurgir les démons géorgiens : les spectres de la guerre civile du début des années 1990.

Depuis trois mois, la Géorgie connaît coup de théâtre sur coup de théâtre. Le président, Mikhaïl Saakachvili, avait été porté au pouvoir en 2003 par la « Révolution des Roses ». Il prônait alors des idéaux démocratiques et pro-occidentaux. Son mandat devait expirer fin 2008. Mais après quatre ans d'une présidence où il n'avait pas rencontré de contestation consistante, une coalition d'opposition des plus hétérogènes s'est unie contre son régime.

La politique de Saakachvili a déçu

L'enthousiasme d'après-révolution s'était vite essoufflé. Malgré des réussites économiques et dans la consolidation de l'Etat, la politique de Saakachvili a déçu. Outre les réformes au coût social lourd, c'est la concentration des pouvoirs autour du président, que critique avec virulence l'opposition. « J'ai cru en la Révolution des Roses », dit Guiorgui, 23 ans. « C'est nous, ma génération, qui l'avons faite. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression d'être à nouveau en Union soviétique », soupire-t-il.

Les événements s'étaient précipités en septembre, quand l'ex-ministre Irakli Okrouachvili est revenu en politique et a accusé le président de divers crimes. Sous prétexte de corruption, les autorités l'ont arrêté après qu'il a accablé le régime sur la chaîne d'opposition Imedi. Détenue par le milliardaire Badri Patarkatsichvili, l'ennemi n°1 du pouvoir, cette télévision était devenue une véritable plateforme anti-Saakachvili.

Soutenus par le businessman, les partis d'opposition les plus divers (extrême-droite, extrême-gauche, centre, prorusses, libéraux) ont aussitôt protesté contre l'arrestation d'Okrouachvili. Le mouvement a abouti le 2 novembre avec plus de 100 000 manifestants rassemblés devant le Parlement, sur l'avenue Roustavéli. Pendant cinq jours, ils ont appelé à une nouvelle révolution et à l'instauration d'un régime parlementaire. Au sixième jour, une police anti-émeute étonnamment high-tech a dispersé brutalement la manifestation. Dans la foule, on a pu entendre les cris « Géorgien ! Pourquoi tapes-tu sur ton frère ? ».

L'union d'oppostion se fissure

Le président a décrété l'état d'urgence et a fermé les médias d'opposition. Pendant trois semaines, le Roustavéli d'habitude si foisonnant, était glacial. « Je ne comprends pas ce qui se passe, tremble Beka. Je ne reconnais pas ma ville.»

Mais dans la foulée, Saakachvili a annoncé des élections présidentielles anticipées. Elles se tiennent aujourd'hui 5 janvier 2008. Il a voulu prendre les opposants de court, étant le seul capable de faire campagne en aussi peu de temps. L'état d'urgence levé, le président a également décidé de changer de gouvernement. Le président a tenu à redorer son blason en montrant qu'il est capable de sang neuf et en mettant en place des mesures populaires, comme l'augmentation de retraites et salaires.

En face, l'union d'opposition se fissure (elle présentera au moins cinq candidats à la présidence). Pourra-t-elle compter sur le mécontentement populaire pour changer la donne en Géorgie ? Car l'opinion publique est fort réversible, et la population pourrait massivement se ranger derrière le président s'il s'agissait de reconquérir les régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.

Nicolas Landru
Tbilisi, Géorgie



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