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Quels doivent être, selon vous, les combats prioritaires des féministes roumaines ? Le féminisme roumain est porté par la société civile et par les universitaires mais, pour le moment, la notion de "combat" féministe n'est pas à l'ordre du jour. Les femmes luttent avant tout pour survivre et l'heure n'est pas à la mise en place d'un mouvement organisé. Les communistes ont tué le mouvement féministe fort que nous avions dans les années 1940, combattu comme "déviance bourgeoise". Puis, après 1989, le féminisme était loin d'être la priorité dans les agendas public et politique. Il fallait d'abord installer la démocratie et mettre en place le capitalisme. Est-ce que le communisme n'a pas aussi eu des effets positifs sur le rapport des femmes au travail ? Il est vrai que les femmes qui ont connu cette période sont très attachées à leur indépendance financière et font tout pour la conserver. Mais la nouvelle génération a perdu cette culture. Les médias véhiculent le "modèle Barbie" auprès des jeunes : 87% des femmes présentes dans les médias le sont en tant que top models, stars et maîtresses ou femmes de quelqu'un d'important. Seuls 5% le sont en tant que représentantes d'une profession ou étudiantes. Le message véhiculé est que la réussite, pour une femme, se réduit à trouver un mari riche. Pensez-vous que 1989 a été un rendez-vous manqué pour la cause féministe ? Les femmes ont été les principales victimes des privatisations des années 1990. Les secteurs dans lesquels elles travaillaient, comme le textile, l'agro-alimentaire, les services et le commerce, ont été les premiers privatisés. Elles ont donc été les premières touchées par le chômage sans bénéficier des aides et compensations financières qu'ont eu les hommes employés, par exemple, dans l'industrie lourde. Beaucoup se sont alors retrouvées sur le marché du travail au noir, privées de tout droit et de toute protection sociale. Je parle souvent du passage du Mayflower au Titanic : alors que nous étions tous égaux, aujourd'hui on ne compte que six femmes parmi les 300 plus grosses fortunes du pays. Parallèlement, les femmes sont bien présentes dans les chiffres de la pauvreté. Les hommes ont privatisé la Roumanie à leur profit. Comment voyez-vous l'avenir ? Je suis malgré tout très optimiste : la société évolue vite, notamment sous l'influence des Roumains qui ont vécu à l'étranger. Ainsi, s'il y a sept ans, 73% des Roumains se disaient hostiles à l'idée d'être dirigés par une femme politique, ils ne sont plus aujourd'hui "que" 47%.
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