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Nantes, France

SERBIE | Parlez-vous Voïvodine ?

15/01/08 | Marc Botte

Voïvodine, nord de la Serbie. Dans cette région frontalière avec la Hongrie, on peut avoir 25 ans, être autochtone, et ne pas parler un traître mot de serbe, la langue du pays.

Le désir d'indépendance est grandissant.
©N!
Nantes France
À l'heure où la Serbie craint de perdre le Kosovo, la Voïvodine, région du nord du pays, se distingue elle aussi par le jeu des minorités : pas moins de 25 groupes ethniques recensés dans cette région. À Subotica, quatrième ville du pays, les Hongrois représentent 35% de la population, contre 25% de Serbes. Même le maire est hongrois. Parmi les langues officielles de ce puzzle, on compte le serbe, le hongrois, le slovaque, le roumain ou encore le ruthène !

"On habite une langue"

En Voïvodine, on peut avoir 25 ans, être diplômé de l'université locale, avoir grandi dans la région et ne pas parler un mot de serbe. Pas un seul mot ? "Je connais quelqu'un dont l'amie est hongroise, explique Nataša, une étudiante serbe. Elle ne parle pas serbe. Difficile de communiquer. Du coup, je vois beaucoup moins mon ami..." L'écrivain roumain Emil Cioran disait : "On n'habite pas un pays, on habite une langue." En Voïvodine, la maxime prend tout son sens.

Quand le croate s'en mêle

À Subotica, deux populations cohabitent dans cette fracture linguistique. Elles évoluent dans des cercles d'amis distincts, des emplois différents. Les garderies et les administrations sont devenues des sortes de chasses gardées pour les Hongrois.

Ici, tout est en serbe, soit en alphabet latin soit en cyrillique, le tout traduit en hongrois. Un vrai casse-tête pour le non-initié ! Respect des minorités ou communautarisme ? Pour Slobodan Camprag, directeur du lycée multilingue Svetozar Markovic, "garantir une éducation dans la langue maternelle des minorités permet d'assurer à chacun une éducation cohérente. Pour les Hongrois, tout est disponible dans leur langue, de la garderie à l'université". Olga Jankovic, professeur d'anglais, se souvient : "Avant, le service militaire faisait que tous les hommes parlaient serbe. Avec le service civil, ce n'est plus le cas." Chacun peut rester dans son village d'origine, où l'homogénéité linguistique est très forte. Depuis septembre 2007, le lycée de Slobodan Camprag dispense ses cours dans une troisième langue : le croate, 6ème langue officielle du pays. Une subtilité de plus qui pose des questions sur la volonté d'unir la population locale, alors que le désir d'indépendance de la région est grandissant.

Qu'il est loin, le fantasme de l'esperanto, en Voïvodine, Serbie.

Marc Botte
Nantes, France



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