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RUSSIE | L’Ingouchie, sombre miroir de la Tchétchénie

18/12/07 | Diane Bihannic

En cinq ans, plus de 150 Ingouches ont disparu. Les services secrets russes sont omniprésents dans la petite république qui prend de plus en plus des airs de sa voisine tchétchène.


Troy
Dijon France
Nazran, capitale économique de l'Ingouchie. Le 19 septembre, une manifestation de mères en colère réclame la libération de deux jeunes Ingouches. À 2 heures du matin, les deux hommes réapparaissent inexpliquablement. Du jamais vu dans le pays.

Alors que le conflit tchétchène est officiellement terminé, la république voisine, l'Ingouchie, doit faire face aux exactions du FSB (services secrets russes). Depuis 2002, 157 personnes ont disparu. Tous ceux qui ont voulu les retrouver ont été "mystérieusement" assassinés. Selon l'ONG locale Machr, le procédé d'enlèvement est toujours le même : des hommes, en voiture non immatriculée, kidnappent des Ingouches en pleine rue. Ils disparaissent. Pour toujours.

Assassinats en plein jour

D'autres sont assassinés en plein jour et de nombreux témoins affirment avoir vu les hommes du FSB glisser des armes dans les mains des cadavres pour faire croire à des suicides. À en croire la population, la situation ressemble de plus en plus à celle de la Tchétchénie juste avant le début du premier conflit des années 90. Le nombre de rebelles ingouches, les "boeviks", augmente de jour en jour. Les récents meurtres de leurs compatriotes attisent la colère de la population russe qui se range derrière l'avis du président Vladimir Poutine. "Derrière chaque Ingouche, il y a un terroriste wahhabite", a récemment déclaré le maître du Kremlin.

Une histoire chaotique

Ces meurtres sont pourtant le fait de militaires russes qui se sont forgé une sombre réputation en Tchétchénie et ont été arrêtés dans la plus grande discrétion par les autorités fédérales.

Pourtant, rien apparemment dans l'histoire de l'Ingouchie ne fait penser à la Tchétchénie. Ce bout de terre de 4 000 km² ne souhaitait pas être indépendant de la Russie. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle s'était séparée de la Tchétchénie au moment de la chute de l'URSS. L'Ingouchie : 467 294 habitants, une population à l'histoire déchirée. Après avoir été déportés par Staline en Asie en 1944, les Ingouches ont été autorisés à rentrer chez eux. Suite à un redécoupage de la région, le territoire dont ils étaient originaires est devenu l'Ossétie du Nord. Mais là-bas, ils ont dû faire face à l'animosité de la population installée et fuir vers l'actuelle Ingouchie.

Le conflit latent de l'Ingouchie profite au gouvernement russe qui, en s'appuyant sur de faux arguments, assure la légitimité de son action dans cette région. Certains avancent même qu'une guerre en Ingouchie permettrait à Poutine de déclarer l'état d'urgence et d'annuler les élections présidentielles de 2008, au moins pour un temps.

 

 

 

Un point de vue tchétchène sur la question ingouche 

Ibraghim est réfugié politique en France. Le jeune Tchétchène, qui connaît bien la géopolitique du Caucase, donne son avis sur la situation de la République d’Ingouchie, voisine de la Tchétchénie.  

 La proximité avec la Tchétchenie est-elle la cause principale des exactions commises en Ingouchie?

Le conflit commence là bas, en Ingouchie, parce que le conflit tchetchène
se termine plus ou moins. Et il ne se répand pas uniquement en Ingouchie mais dans tout le Nord Caucase ( au Daguestan, en République de Kabardino-Balkarie, etc...). C'est l'affaiblissement du conflit tchetchène qui est à l'origine des troubles plus que la proximité même.

Les Ingouches et les Tchétchènes ont-ils la même perception des conflits dans leur région?

Les Ingouches ne sont pas en train de monter une grande résistance de la même manière que les Tchetchènes l'ont fait ces dernières années. Il y a une différence de caractère entre les Tchetchènes et les Ingouches: les Tchetchènes foncent sans réfléchir, s'il faut se battre tout le monde y va. Quant aux Ingouches, ça n'est pas dans leur caractère, ils sont moins rebelles et belliqueux.
Mais les boeviks (les résistants) des deux républiques combattent ensemble malgré tout. Par ailleurs, beaucoup de Russes habitant la région ont été assassinés, ou ont pris la poudre d'escampette...

Quelles sont les perspectives d'avenir envisageables: l’Ingouchie va-t-elle subir le même destin que la Tchetchénie, peut-on craindre une instrumentalisation du conflit par le pouvoir russe?

Tout peut arriver, les Russes ont créé ce conflit. Ils vont essayer de tout faire pour que les Ingouches combattent. Pour le gouvernement russe, la guerre est synonyme d'argent, et d'un trouble intérieur sur lequel il peut asseoir son pouvoir. De plus le président ingouche actuel a une politique très similaire à celle de Ramzan Kadyrov (président de la Tchétchnie, pro-russe).

Propos recueillis par Journal Europa

Diane Bihannic
Nantes, France