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EUROPE | Le PSE cherche son Europe sociale

06/12/07 | Sachs Charles-Edouard

Les représentants du socialisme européens étaient réunis à Sofia, fin novembre. Ils ont lancé une consultation des militants, pour une ligne politique commune aux élections européennes de 2009.

Le parti socialiste européen se prépare à 2009, année de renouvellement du Parlement européen.

L'internationalisme et le marxisme ont vécu. Lors de leur Conseil, réuni à Sofia les 22 et 23 novembre, les socialistes européens parlent toujours du grand capital, des classes laborieuses, mais par commodité de langage ou pour déclarer que ce sont eux qui comprennent le mieux le nouveau capitalisme globalisé. L'Internationale est toujours chantée par les plus jeunes mais tard dans la nuit et comme chanson à boire, référence culturelle commune.

Est-ce dire que le PSE et les idéologies dans lesquelles il s'enracine sont les mêmes que celles de ses concurrents, le Parti populaire européen et l'Alliance des démocrates et libéraux pour l'Europe ? Ils se retrouvent heureusement pour les peuples européens sur l'essentiel qu'ils justifient néanmoins de manières différentes : primauté de l'individu sur l'Etat, affirmation des libertés individuelles et collectives, attachement au modèle social européen, volonté de poursuivre au sein de l'UE « une union sans cesse plus étroite entre les peuples d'Europe » , perception de l'actuelle mondialisation davantage comme un défi que comme un danger. Mais les options politiques varient, les conflits de personnes entrent en jeu et la culture laisse son empreinte. L'électeur européen qui ira élire son Parlement européen en 2009 sera confronté à un choix véritable et à des propositions constructives.

Les militants consultés sur le programme

À Sofia, le PSE a lancé une consultation publique d'abord orientée vers ses dix mille activistes afin de finaliser son Manifeste pour 2009 qui devrait constituer la base des programmes des partis socialistes, social-démocrates et démocrates progressistes (les différents partis effectueront un choix parmi les priorités indiquées. On peut par conséquent craindre que certains profitent de cette marge de manœuvre pour adopter une posture plus conservatrice).
Ce programme a pour titre « Une nouvelle Europe sociale » et se base en grande partie sur les travaux de Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne et ancien ministre de François Mitterrand. Il se décline en dix principes tels que l'égalité des droits entre hommes et femmes, la nécessité du dialogue social, le souci de la diversité et l'intégration de tous ou le développement durable qui ne sont bien sûr que des têtes de chapitre devant rester sans réel contenu avant leur traduction en actes législatifs.

Les moyens proposés ne sont pas toujours novateurs (stratégie de Lisbonne, politique énergétique commune). Le PSE souhaite naturellement mettre en place une politique social-démocrate traditionnelle telle qu'elle pourrait se retrouver au Danemark ou en Allemagne. Mais ce qu'il faudra observer avec la plus grande attention ces prochaines années est la « réinvention » d'une forme d'internationalisme social-démocrate.
Son paradigme est le suivant : au-delà de la famille politique social-démocrate européenne qui se retrouve directement dans le PSE, il existe à la périphérie de l'Europe (notamment dans les Balkans) des mouvements progressistes que le PSE doit activement soutenir afin de favoriser dans ces régions l'implantation d'une social-démocratie durable indispensable à la stabilisation de la région.

Coopération internationale 

Plus ambitieux et novateur : reconnaissant à la fois les différences et les point communs entre l'Europe et d'autre parties du monde, le PSE doit chercher à développer des synergies avec les mouvements qui partagent certains de ses valeurs et objectifs à travers le monde. C'est ainsi que les sociaux-démocrates européens et le parti démocrate aux Etats-Unis doivent coordonner leur actions normatives (en ce qui nous concerne à la fois au niveau national et européen) afin d'assainir le secteur financier des deux cotés de l'Atlantique. De semblables rapprochement doivent également être tentés en Asie de l'Est.
Si tout cela peut déjà être considéré comme politique officielle du PSE, on peut se demander comment elle sera reçue par les partis nationaux, leurs apparatchiks et leurs militants. L'obstacle ne sera pas tant idéologique : solidarité, action publique, progrès scientifiques, économique et sociaux devant profiter à tous. Même les socialistes français peuvent s'y retrouver ! La véritable difficulté sera d'ordre culturel et concernera les compétences du personnel politique volontiers chauvin, attaché à ses intérêts catégoriels, jaloux de ses prérogatives et surtout pas toujours bien formé aux problématiques du monde actuel (particulièrement au fonctionnement et au droit de l'UE et à l'économie mondialisée).

Sachs Charles-Edouard
Strasbourg, France