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Rue Antoine-Dansaert, centre-ville de Bruxelles, ses grandes artères et ses magasins chics, ses bâtiments Art-nouveau, ses touristes asiatiques et ses drapeaux belges d'époque. Quelques mètres plus loin, c'est le domaine de la mode, très à la mode, flamande : tous les noms de magasins ont des consonances néerlandaises, et aucun jeune n'y circule sans coiffure déconstruite et vêtements faussement négligés. Intérieurs très lounges et lumières tamisées.
Les deux visages de Bruxelles Une pancarte délabrée de l'Armée du salut, placée avec humour au-dessus d'une banque. Quelques pas plus tard, on croise les premiers snacks méditerranéens, en laissant derrière nous les derniers bars branchés, on tombe sur le canal. Barrière géographique de circonstance, le canal sépare clairement deux villes, rarement en résonance, qui pourtant se côtoient et s'observent. Même s'il ne prend pas plus de dix minutes à pied, le trajet du centre-ville à Molenbeek (une commune bruxelloise) via la rue Antoine-Dansaert, est une expérience très dépaysante, qui nous fait voyager dans des paysages et des faunes très différents. Caractéristique d'une certaine évolution urbaine, la rue est un chemin entre deux visages de la capitale belge, radicalement antagonistes. Bruxelles, contrairement à d'autres agglomérations, a toujours eu un centre-ville relativement populaire, les plus riches préférant la périphérie. Un canal entre bobos et prolos Néanmoins, depuis la fin des années 80 surtout, une gentrification intense (de gentry, petite noblesse en anglais ; désigne l'évolution sociologique et sociale d'un quartier au profit d'une couche sociale supérieure) se déroule dans ce centre-ville, notamment grâce aux eurocrates et aux jeunes disposant d'un patrimoine familial important, attirés par le rapport qualité-prix très intéressant et par la proximité des poumons culturels et économiques de la capitale. De fait, les prix des quartiers historiques augmentent, et leurs habitants n'ont d'autre choix que de migrer, petit à petit, vers des communes moins chères. Cet ailleurs est ici, derrière l'eau du canal, dans l'une des communes les plus pauvres du pays, Molenbeek. Derrière l'eau d'un canal que les touristes ne franchissent jamais.
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