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Falaises, romantisme français, trouble mystique d'un château en ruines sur une petite colline verte camaïeu : c'est la Bretagne, appréciée des habitants des grandes villes avides de loisirs, des couples fraîchement fiancés, et des Anglais, loueurs invétérés. Mais depuis Astérix, on sait qu'un village breton ne s'avoue pas vaincu aussi facilement : la potion magique s'appelle musique : un pack de musique sur 3 jours et en plein air. Excédés, les habitants des villages alentours? Non, jamais ! A St Laurent de Cuves, par exemple, une fois par an, pendant le week-end de la Pentecôte, le nombre d'habitants est multiplié par 4, et atteint donc 40 000 habitants. En effet, tout le monde met la main à la pâte quand il s'agit d'organiser le festival de musique « Papillons de Nuit ». Depuis quelques années, ils ont bien compris qu'accueillir 40 000 personnes pendant 3 jours était peut-être plus rentable, ou du moins plus passionnant que la centaine de vaches présentes sur l'année. C'est plus bénéfique pour la communauté de communes ! Soutien aux vaches et aux papillons ? 70 000€ sont attribués par Bruxelles et par les collectivités locales qui tiennent aussi à participer à la mise en place de cette manifestation. La plupart des bénévoles y participent parce que c'est une expérience „indescriptible" de côtoyer les stars, et « d'entendre qu'elles se sentent bien ici ». Le charme du site et du festival en lui-même est tel que l'organisation quelque peu chaotique ne dérange personne. (Par exemple, on porte les bracelets des éditions précédentes.) Thomas Mars et Lorenzo expliquent à la télé locale que pour eux le public français est de tous leur préféré, mais ils n'ont qu'en partie raison. S'ils s'étaient un peu plus mélangés aux Gaulois, ils auraient remarqué qu'ici domine plutôt une confusion de langues européennes. Des Polonais, Lettons, Hongrois et Tchèques viennent depuis 3 ans déjà. C'est ici que commence leur été de festivals à travers l'Europe, qui se finit à Sziget en Hongrie. Mais les « Papillons de nuit » ont vraiment quelque chose de particulier, « ils sont en effet tellement près du village que, de l'autre côté de la scène, on sent la présence du mignon petit clocher de l'église ». « Ici, les gens peuvent vraiment triper ! », s'exclame avec joie Aljoscha en désignant un jeune d'à peine vingt ans qui glisse sur la colline, nu, dans la boue, tête la première ou pieds en avant. « Des trucs pareils, on ne les voit pas partout, surtout pas sur les gros festivals comme le Werchter en Belgique ou le Rock am Ring en Allemagne. Là-bas, il n'y a que des habitués, qui viennent depuis 10 ans, parfois même avec leur caravane. Manquerait plus qu'ils amènent aussi leur jardin ! » Alors que pour les festivaliers endurcis venant de l'Europe de l'Est « Papillons de nuit » n'est qu'une étape, tant de bonne musique, de prestige et de rencontres internationales rendent l'été à chaque fois mémorable pour les jeunes des environs. « Plus important que Noël » aux yeux de Lara Beliard ! Déjà bien dans l'ambiance, elle n'hésite pas à recommander l'association enivrante : vodka-menthe ou plutôt menthe-vodka. Voilà la recette idéale d'un festival réussi : réunir dans un même bateau des organisateurs, artistes, cuisinières, politiciens locaux, masseurs, agent de sécurité, vendeurs de frites, journalistes, villageois et amateurs de musique dans un esprit convivial. Sûr que tout le monde y trouve son compte !
Traduit de l'allemand par Cécile Hamet et Gaëlle Cousin
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