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L'Europe compterait entre 10 et 12 millions de Roms, dont les deux tiers en Europe de l'Est et balkanique. Même si leur nombre est très souvent sous-estimé, ils craignent les étiquettes des statistiques officielles et les ennuis qui, trop souvent, encore, les accompagnent.
Reconnue comme groupe ethnique autonome en 1971 par les Nations unies, cette population reste méconnue et souvent méprisée. Ils sont roms, gitans, manouches, sintés, kalderash. Roms sédentarisés, voyageurs ou en voie de sédentarisation. Leur point commun ? Une racine linguistique (romani) et, pour la majorité d'entre eux, une très grande pauvreté. L'explosion de l'URSS, la chute du rideau de fer et plus récemment l'élargissement de l'Union européenne à d'anciens pays de l'Est a renvoyé la problématique rom dans le champ politique. Les pays candidats à l'adhésion, régulièrement épinglés, ont mis en place des organismes, voire des ministères, de lutte contre les discriminations. De son côté, l'UE a doté son département Emploi et affaires sociales d'un service spécialement chargé de la "question rom". Malgré ces bonnes volontés, l'état des populations roms reste alarmant. En décembre 2002, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) publie la première étude conséquente sur les Roms, menée dans cinq pays d'Europe de l'Est. D'après les données, les taux d'alphabétisation, de mortalité infantile et de malnutrition des Roms de ces pays sont plus proches de ceux de l'Afrique subsaharienne que des autres pays européens. Ainsi l'Indice de développement humain (IDH) des Roms de Roumanie s'élèverait à 0,570, tout proche de celui du Botswana à l'époque (0,572). La moitié (51%) souffrait de la faim plusieurs jours par an au moins. Trois ans plus tard, le Pnud publie un nouveau rapport, cette fois sur l'état dans dix pays d'Europe dont la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie-Monténégro (à l'époque), le Kosovo et la Macédoine. Selon les résultats, la proportion de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est cinq fois plus élevée pour les Roms que pour l'ensemble de la population, en Bulgarie et en Serbie. Et trois plus élevée en Macédoine et en Roumanie. Dans tous les pays à l'exception de la République tchèque, moins de deux Roms sur dix avaient terminé le cycle primaire d'éducation. L'éducation, l'un des principaux motifs d'inquiétude. Les critiques portent notamment sur les écoles spécialisées, au système archaïque, où les enfants roms partagent l'enseignement avec des enfants handicapés mentaux. "Faites-vous bronzer" Pourtant, jusqu'en 2015, l'Europe avance sous le signe de "la décennie pour l'intégration des Roms". Signé par huit pays le 2 février 2005, ce "contrat" prévoit des progrès dans les domaines de l'éducation, l'emploi, la santé et le logement. Le plus gros du budget est fourni par chaque pays. S'y ajoutent des aides extérieures de l'Union européenne, de la fondation Soros et de la Banque mondiale. Mais les ombres de la discrimination font régulièrement surface. En mars dernier, un lecteur du tabloïd Blesk demande au vice-Premier ministre tchèque Jiri Cunek, "si d'autres gens allaient recevoir des allocations comme les Roms". Réponse lumineuse : "Allez vous faire bronzer, faites du boucan avec votre famille, allumez un feu sur la place et certains politiciens finiront bien par venir et s'apitoyer sur votre sort." Ses excuses n'ont pas suffi : l'association rom Athinganoï a déposé plainte. Atteinte aux Droits de l'homme toujours. Des ONG ont mis en évidence des cas de stérilisation forcée de femmes roms dans l'ensemble des pays de l'Est. Si la plupart a été pratiquée avant 1989, cette pratique semble s'être poursuivie après l'explosion du bloc communiste. En janvier 2006, l'hôpital tchèque de Vitkovice était condamné pour la stérilisation forcée d'Helena Ferencikova, six ans auparavant. "Un dispositif plein d'hypocrisie" A l'ouest de l'Europe, ces nouveaux venus ou voyageurs de longue date connaissent aussi leur lot d'expulsions, fouilles à répétition et reconduites à la frontière. En juillet 2003, Médecins du monde signait conjointement avec la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme un rapport sanglant sur le retour des Roms en Roumanie : "Le dispositif « concerté » entre les gouvernements français et roumain (...) n'est que duperie et hypocrisie (...) Le retour des Roms roumains dans leur pays est un échec total." Pas de doute, les Roms n'ont pas encore vu le bout du chemin.
Repères historiques La population rom serait originaire du nord de l'actuelle Inde. Elle est apparue en Europe orientale dès le XIIe siècle et est arrivée en Europe occidentale trois ou quatre siècles plus tard. Alors qu'ils n'étaient soumis à aucune discrimination particulière dans l'Empire ottoman, la discrimination était chose commune en Occident. Cela n'a pas empêché leur sédentarisation en Espagne dès le XVIIIe siècle ou encore leur assimilation forcée en Hongrie. Après avoir été victimes du Porrjmos, l'Holocauste rom (600 000 personnes exterminées sous la période nazie), les Roms d'Europe centrale et orientale ont été absorbés, pendant la période socialiste, par l'industrialisation massive des différents pays, généralement à des postes nécessitant peu de qualification. Ce changement les a poussés à se sédentariser contrairement aux Roms d'Europe occidentale, qui continuent à vivre en "gens du voyage". Ces dernières années, les Roms se sont montrés de plus en plus actifs au sein de mouvements politiques et culturels en vue d'établir leurs droits et de préserver leur héritage. En 1979, les Nations unies ont reconnu la population rom comme étant un groupe ethnique distinct. Le Parlement européen compte deux députées d'origine rom, toutes deux Hongroises.
Lexique Le mot "tsigane" (ou "tzigane"), jusqu'à peu le plus couramment utilisé, tout comme Zigeuner en allemand, Cigany en hongrois ou Zingaro en italien, viennent du grec byzantin athinganoï ou atsinkanos, qui signifiait "paria, intouchable". Il a d'abord été utilisé pour désigner une secte chrétienne de musiciens et de devins installée en Asie mineure aux XIe et XIIe siècles. On lui préfère aujourd'hui "rom" qui signifie "homme" en romani. La dénomination péjorative "romanichel" est un dérivé de Romani Tachvé, "gars tsigane". Le mot "manouche" désigne les Sintés, Roms du Piémont, d'Allemagne et d'Alsace, parlant un romani germanisé. Les termes "gitan" (utilisé en Espagne et dans le sud de la France) et "gypsy" (utilisé dans les pays anglophones) sont dérivés des mots Egiptianos et Egypcians qui renvoient à la Petite Egypte, une région d'Asie mineure peuplée de Roms. Quant à "bohémien", il désignait à l'origine un individu muni d'une lettre de recommandation des rois de Bohème.
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