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Quand il s'agit de la défense du patrimoine linguistique, on pense plus, aujourd'hui, à garantir la survie des langues nationales face à l'anglais, langue des échanges internationaux, qu'à celle des langues plus locales. Défendre les langues régionales ou minoritaires semble même être pour certains un combat dépassé, mené par des nostalgiques de la rusticité. Pourtant, les quelque 222 langues (1) que compte le continent européen ont leurs défenseurs. Alors que nombre d'entre elles sont menacées de disparition, l'Europe reste un véritable patchwork sonore : du tatar, langue altaïque de Russie, au gaélique, langue celtique d'Irlande et d'Ecosse, en passant par le lapon en Scandinavie, sans oublier les différents créoles... Et même si le nombre global de ceux qui les parlent continue à décroître, l'attrait pour ces langues, ancrées dans une culture et un territoire, semble revenir. Dans un bilan de l'Année européenne des langues (2001), le sociolinguiste Henri Giordan analysait ainsi la situation actuelle : "L'économie post-industrielle fonde un rapport nouveau entre le local et l'universel. La dimension nationale perd son caractère hégémonique. On a désormais besoin d'instruments de communication globaux. En Europe, comme ailleurs dans le monde, cette fonction est remplie par l'usage, de plus en plus généralisé, de l'anglais. Mais ce mouvement vers le global s'accompagne paradoxalement d'une valorisation du multilinguisme." Institutions pour la diversité culturelle Du côté de l'Union européenne, chacun joue son rôle. Au Parlement européen, les déclarations de principe en faveur de la diversité linguistique se multiplient. Celle-ci se trouve en bonne place dans la Charte des droits fondamentaux, adoptée solennellement par le Parlement en décembre. De son côté, la Commission européenne finance des initiatives, comme le Bureau européen pour les langues moins répandues (BELMR). Pour cette ONG, "le défi du XXIe siècle sera d'élaborer une législation linguistique pour l'ensemble des langues européennes, de promouvoir leur usage et de leur garantir un espace linguistique, sous peine de voir certaines langues menacées". Mais pour le moment, l'UE en reste là, question législation. "L'Union n'a pas de compétences en la matière et n'en veut d'ailleurs pas", affirme Bernard Poignant, député européen. En 1997, alors maire de Quimper, il avait remis au gouvernement Jospin un rapport conseillant de signer et de ratifier la Charte européenne des langues minoritaires. Ce texte, émanant du Conseil de l'Europe, est le plus engageant des documents existants en matière de diversité linguistique (lire encadré). La ratification n'a pas eu lieu, le Conseil constitutionnel l'ayant retoqué. Il n'a de toute façon aucun aspect contraignant. "Il n'y a pas de levier juridique pour obliger un État signataire à respecter son engagement, reprend Bernard Poignant. Ce que fait le Conseil, c'est publier régulièrement des rapports sur la situation dans les pays." En décembre, c'était par exemple au tour de la Finlande, l'un des bons élèves en la matière. Davantage de financements Or, demande l'eurodéputé breton, "face à quelle menace un État bouge-t-il ? Les sanctions financières. Ce qui reste aux défenseurs des langues, c'est la sanction électorale. Mais ils sont rares, ces militants convaincus pour qui l'aspect culturel et linguistique passe avant le programme économique ou social d'un candidat ou d'un parti". Les politiques linguistiques restent donc à la discrétion de chaque État. Certains, comme l'Espagne, décident de traduire les documents officiels européens dans toutes leurs langues officielles, comme le catalan et bientôt le basque. Mais l'UE ne prend en charge les frais que pour ses 23 langues officielles. Pour les autres, c'est chaque État membre qui paie. Or de grandes différences existent d'un État à un autre. La situation du gallois, officiellement reconnu au Royaume-Uni, et celle de sa langue sœur, le breton, qui n'a pas de statut légal précis, en sont un exemple. C'est donc aux militants de prendre localement en main l'avenir de leurs langues, s'ils ne veulent pas les voir disparaître. Fédérations d'associations comme Peuples et Régions solidaires en France, associations comme le Midas (Association européenne des quotidiens en langues minoritaires et régionales) : leur but est de mettre en avant les vertus du plurilinguisme et de réclamer une place plus grande pour les langues régionales, dans la vie quotidienne ou l'enseignement. Une place plus grande, qui demande aussi plus de financements. Fastidieux combat que celui pour la sauvegarde de la diversité linguistique. (1) Recensées en 1996 par Ethnologue, Summer Institute of Linguistics Inc.
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