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Nantes, France

ALLEMAGNE | Eva Herman, la "nauséablonde"

06/11/07 | Annika Giese

Peut-on dire de certains aspects du nazisme qu’ils sont "positifs" ? Les propos d’Eva Herman, animatrice d’une chaîne télé, ont relancé un débat épineux Outre-Rhin.


R.R.
Nantes France

Eva Herman est une grande blonde de 48 ans, mariée en quatrièmes noces et auteur d'ouvrages controversés. Présentatrice star du JT de la ARD, une chaîne nationale, elle publie, en 2006, Das Eva Prinzip (le principe d'Eve). Elle y plaide une stricte séparation des rôles dans le couple. Les femmes doivent "redonner un sens à leur vie en revenant vers les fourneaux". Rien que ça.

Les "trois K" nazis

Un tel discours en Allemagne fait penser à la thèse nazie des trois K : "Kinder, Küche, Kirche" (enfants, cuisine, église). En septembre, Eva Herman réitère avec Das Prinzip Arche Noah (le principe de l'arche de Noé). Au cours d'une conférence de presse, elle dérape : "[Le IIIe reich] était une époque horrible mais il y avait des choses bien : les valeurs, les enfants, les familles, une solidarité." Tollé général. Les journalistes s'en donnent à cœur joie : "Eva Braun Herman" ou "Blondi", le nom du chien d'Hitler. On lui propose même "Mein Kampf" pour titre de son prochain livre. Après dix-neuf ans de loyaux services, Eva Herman est mise à la porte de la chaîne télé pour "propos incomptatibles avec ses fonctions".

Mais la langue d'Eva Herman est bien pendue. Invitée dans un talk-show pour s'expliquer, elle réitère ses propos, soulignant que les Allemands circulent toujours sur des autoroutes de l'époque nazie. Le présentateur de l'émission lui fait quitter le plateau. Le cas Eva Herman intrigue. Elle se défend d'avoir des liens avec l'extrême droite. Alors quoi ? Provocatrice, imprudente, stupide ? À l'écouter, elle ne fait que poser des questions sur la société allemande.

Des Allemands d'accord

En octobre, le magazine Stern lui consacre un article. Selon son auteur, "Eva Herman, dans son inconscience, n'a fait que réveiller un débat trop longtemps négligé. Le manque d'assurance est énorme sur la façon de traiter le nazisme." Pire, des millions d'Allemands penseraient comme elle.

Pour le prouver, Stern publie un sondage de l'Institut Forsa : un quart des Allemands jugent que le régime d'Adolf Hitler avait ses bons côtés comme la construction d'autoroutes, l'élimination du chômage ou la politique familiale. Les plus de 60 ans sont les plus enthousiastes : 37% pensent que le régime nazi a eu du bon.

Levée de boucliers chez les hommes politiques. "Tous les éléments et toutes les mesures de la politique national-socialiste ont été orientés vers une politique d'extermination raciste", a déclaré Volker Beck, membre du Bundestag (le parlement allemand). "La seule chose positive du nazisme est sa fin."

Annika Giese
Hamburg, Allemagne