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AUTRICHE | Les Autrichiens en font tout un plat

17/01/08 | Niku Dorostkar

L’Allemagne et l’Autriche partagent en théorie une langue commune. Mais le fossé se creuse rapidement quand la linguistique se mêle à la gastronomie.


Jean-Denis Lichtfus
Brussels Belgique

La seule chose qui sépare les Autrichiens et les Allemands est leur langue commune." La formule est de Karl Kraus, un écrivain autrichien né à la fin du XIXe siècle. Et elle ne se dément pas. La bisbille se niche parfois dans des contextes surprenants.

En 1994, juste avant l'adhésion de l'Autriche à l'Union européenne, les hommes politiques autrichiens œuvrent pour que le traité d'adhésion de leur pays comprenne une liste de termes spécifiquement autrichiens. Un protocole impose de reconnaître 23 expressions spécifiquement autrichiennes, en les faisant correspondre à leur équivalent allemand. 23 formules relevant exclusivement du vocabulaire gastronomique... Parmi elles, on trouve par exemple l'autrichien "Erdapfel", qui correspond à l'allemand "Kartoffel", "pomme de terre".

Le protocole a rapidement du succès auprès de la population autrichienne. Un argument pesant sans doute un peu dans la balance qui fit pencher l'opinion autrichienne en faveur de l'adhésion. Le 1er janvier 1995, l'Autriche fait son entrée dans l'Union, et la liste de termes gastronomiques tombe dans l'oubli... jusqu'en 2004.

Car près de dix ans plus tard, un quotidien autrichien entame une Marmeladenkrieg (guerre de la marmelade) qui resta dans les mémoires. Cette bataille contre l'Union s'appuie sur un point particulier : le terme autrichien "Marmelade". En 2001, une directive européenne "relative aux confitures, gelées et marmelades de fruits, ainsi qu'à la crème de marrons, destinées à l'alimentation humaine" définissait en effet le terme "Marmelade" comme un produit exclusivement à base d'agrumes. Une définition contraire à la tradition autrichienne, qui désigne par ce mot des "Konfitüre" de toutes sortes.

Marchés fermiers ou hebdomadaires

Finalement, la hache de guerre est enterrée grâce à l'initiative de l'ancien commissaire autrichien à l'Agriculture Franz Fischler qui obtient la modification de la directive, convainquant le législateur que "sur certains marchés locaux autrichiens et allemands, tels que les marchés fermiers et les marchés hebdomadaires, le terme "Marmelade" est aussi utilisé traditionnellement pour désigner la confiture". Il modifie la directive de sorte que le terme "Marmelade" est désormais accepté pour la vente de confitures sur le marché autrichien... mais pas pour les "Konfitüre" d'exportation.

Parle-t-on vraiment allemand en Autriche ?

D'un point de vue linguistique, l'allemand autrichien n'est ni une langue propre, ni un dialecte mais une variété nationale de la langue allemande. L'allemand est en fait une langue dite "pluricentrale", qui comporte plusieurs variétés présentes dans différents pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et la Belgique.

Pour beaucoup d'Autrichiens, leur allemand représente une variété linguistique beaucoup plus chantante et douce que l'allemand dur et rugueux d'Allemagne.

Rédacteur : Niku Dorostkar, Wien, Autriche
Traducteur : Marie Deblonde, Brussels, Belgique




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