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Nantes, France

FRANCE | Jobs interdits...

06/12/04 | 1connu Anonyme

Tous les étudiants de Londres ne paient pas leur loyer en astiquant les rayons des Tesco ou des Sainsbury. Certains ont des boulots d’appoint un peu moins académiques...

Gogo danseuse

Etes-vous déjà allé au Spermint Rhino ? Emily, Etudiante au SOAS (université de langues, ndlr), connaît bien cette boîte. Elle y va chaque semaine. Pas pour s'amuser, mais pour payer ses études. Elle y travaille comme gogo danseuse. Victime d'un système? malheureuse ? exploitée ? Et bien non ! J'ai rarement rencontré des filles aussi à l'aise et épanouies qu'elle. Ambiance...

Pourquoi es-tu devenue gogo danseuse ?

Au départ, je me suis mise à danser pour gagner de la confiance en approchant des nouvelles têtes, en leur parlant. Ce que je voulais aussi, c'était prendre confiance sexuellement. Ce job me tient en forme. C'est un boulot énergique qui me force à faire naturellement attention à mon corps. Depuis que je fais ça, je n'ai jamais autant été à la gym.

Et l'argent, ça doit aussi compter parmi les motivations non ?

Bien sûr, ça compte, mais ça va plus loin. Je ne fais pas ce boulot seulement pour l'argent. J'aime faire des rencontres et danser alors, quand j'ai entendu parler de ce job par une amie qui le quittait, j'ai aussitôt déposé ma candidature.

Il y a eu une audition dans la boîte. Environ 8 personnes dansaient et se déshabillaient sur la scène. Ensuite, il y a eu un entretien pour connaître le caractère de chacune. J'ai été prise aussitôt. Au Rhino, on doit entrer dans une nuit qui a déjà commencée et ça, c'est un truc un peu flippant au début. Mais je me suis habituée.

Excuses moi d'insister, mais combien es-tu payée ?

Ca dépend ! Des filles rentrent avec trois fois rien, d'autres font 2000-3000 pounds (3000-4500 euros ndlr) en une seule nuit. Je connais une fille qui, si elle voit un truc qui l'intéresse dans une vitrine, se dit :"Je vais danser ce soir et me payer ca". Bon Ok, je me fais quelques milliers de pounds (1000 pounds = 1500 euros). Je rentre parfois avec presque rien, mais c'est assez rare. Je dois payer à la boîte une taxe de 83 pounds (130 euros) par nuit pour y danser, mais je me suis toujours bien arrangée avec eux.

Des règles strictes

Des milliers de pounds par nuit : on est loin d'un salaire d'esclave. Les nuits de boulot doivent être longues... De 20 heures à 2 heures du matin. Je suis sur scène à 20h30. Les heures ne sont pas trop dures à tenir, sinon je serais morte le lendemain et ça, ce ne serait pas bon pour les études...

Mais que dois tu faire exactement ?

Je vais dans la salle et je m'assois près d'un client qui a un verre à sa table, mais pas de fille. On discute pendant environ dix minutes puis je l'emmène vers une pièce à part où je lui fais une danse qui dure le temps d'un morceau. Un strip-tease complet coûte 20 pounds (30 euros). Seulement le haut, c'est 10 pounds (15 euros). Pour le moment, on ne m'a demandé seulement le haut que deux fois.

Certaines danseuses font elles parfois autre chose que danser ?

Il y a des règles très strictes. Si une fille est prise en train ne serait-ce que d'échanger ses numéros avec un client, elle est immédiatement virée.

Tu parles de ton job avec un certain plaisir. Tu dois presque le trouver excitant par moments...

Oh oui ! Après, ca dépend du type en face bien entendu. Il y a parfois des bons jeux de regards et ça m'excite carrément, c'est sûr. Cela dit, la grande majorité des mecs se contente de s'asseoir et de me mater comme un objet.

Et les vêtements ? Tu peux y aller avec tes fringues habituelles ou il y a un code vestimentaire à suivre ?

Il y a un code ! Le week end, ils font des nuits Fantasy où je dois porter des trucs très courts. En ce moment, j'ai une sorte de robe de servante de style français. C'est ce que je mets. Sinon, en semaine, je porte des bottines avec des talons très longs et une robe bleue, ainsi que des gants, qui remontent très haut.

Le Spearmint Rhino, c'est presque une institution. Tu as déjà croisé des célébrités ?

Oui, quelques unes. L'autre jour, j'ai vu un footballeur de Premiership (équivalent de la D1 française, ndlr). Une autre fois, j'ai vu Jay et Rich, du groupe Five, ils avaient l'air de petits garçons tout perdus. C'était assez drôle.

recueilli par Don Levett

 

 

Escort Girl

Pendant mon année d'études en Espagne, j'ai dès mon arrivée cherché à travailler. Un des jobs qui m'a intéressée a été "hôtesse de conférence".

Me rendant à l'adresse indiquée sur l'annonce, je me suis retrouvée dans les bureaux d'une grande boîte, située dans un quartier chic de Barcelone. Une femme, habillée tout en cuir, m'a ouvert et m'a tendu un dossier de candidature. Sur le papier, les questions posées me paraissaient hors de propos mais je leur ai d'abord laissé le bénéfice du boute. Les choses ont commencé à devenir plus claires quand j'ai reconnu une fille avec qui j'avais rapidement discuté un jour à la fac. Elle était pressée et me disait qu'elle devait prendre un avion très rapidement. Quel genre d'"hôtesse de conférence" devait bien prendre un avion pour rencontrer des client? Une petite discussion avec la fille en question a confirmé mes soupçons. Elle m'a donné un aperçu de ce qu'être "hôtesse de conférence" signifiait. Les agences d'"escort girls" agissent comme un écran de fumée légal pour organiser des réseaux de prostitution. L'idée, c'est que l'"hôtesse" se comporte comme une subtile entraîneuse, une compagne exquise le temps d'une soirée... Un business ancien

En surface, la perspective d'être payée pour rencontrer des hommes d'affaires très riches dans un environnement ultra luxueux est plutôt attirante. Dans la pratique, c'est aussi un moyen rapide de gagner de l'argent. La prostitution est un business très ancien où, comme dans tous les domaines, le marché a évolué. La demande et l'offre ont changé. Aujourd'hui, il est important que les filles soient jeunes et attirantes, mais aussi assez intelligentes. Il ne faut pas s'étonner, du coup, que les étudiantes soient des profiles idéaux pour devenir "hôtesses d'accueil".

Recueilli par Yolanda Blasco

 

 

Dealer

C'est un peu étonnant mais personne ne soupçonne Dave de quoi que ce soit. Sa chambre est pourtant équipée d'une énorme télé avec écran plat, d'au moins 1000 pounds (1500 euros) de matériel Hi-Fi, d'une super console de jeux, et d'une énorme halogène.

L'argent peut se gagner par toutes sortes de moyens. "Des gens font des hamburgers. Moi, je vends juste un peu", dit-il simplement. "Un peu", le mot est quand même assez faible. La plupart des gens n'ont pas besoin d'un second portable juste pour des clients qui, d'après son estimation, tournent autour de 30 réguliers et 50 "occasionnels". Mais, si l'on veut relativiser, cela n'est pas grand chose comparé aux dealers de crack des rues de Brixton (quartier de Londres réputé assez chaud ndlr). Dave est studieux. Il est étudiant en économie à Londres et se fait son argent tout simplement en vendant de la weed (herbe) aux étudiants qui lui en demandent.

La démarche qu'il suit est simple : "Je connais un type qui peut me vendre ce que je veux par kilos. Je vais le voir et je lui achète sa weed. Ensuite, je prépare des sachets que je vends à 20 pounds (30 euros) l'unité".

Dave ne vend qu'aux étudiants de sa cité U ou aux gens qu'il connaît par l'intermédiaire de quelqu'un. Il ne donne que rarement son numéro et déteste être appelé par un inconnu.

"Tout le monde croit que c'est aussi cool que le sexe de connaître son dealer, de discuter avec lui" ironise Dave. "Moi, ce n'est pas ça qui m'intéresse. Je veux juste vendre à mes potes ce qu'ils veulent". Il avoue également qu'un profil plutôt discret réduit la probabilité de se faire prendre.

De sa chambre

Sur ce sujet, Dave se montre assez sensible. Il a déjà eu quelques problèmes avec la police mais s'en est toujours bien sorti. Il pilote ses ventes de sa chambre et seulement via un coup de fil préalable à quelqu'un qu'il connaît. Pourquoi deale-t-il? "J'aime bien fumer, je sais que ça devrait être légal et je ne vois aucune raison au fait de l'interdire. L'argent aussi, bien sûr, joue beaucoup. Ca paie la plupart de mes dépenses".

Il reconnaît vendre aussi quelques pills (acides) de temps en temps, mais seulement à la demande d'amis très proches. Dave joue un rôle moyen dans un marché souterrain: Il vend à son entourage et rien d'autre. Il n'a rien d'un gangster ou d'un fraudeur hyper organisé.

Les risques que Dave prend et l'argent qu'il récolte le rendent pragmatique et assez simple : "A la fin de la journée, je cherche ce que tous mes amis cherchent aussi... un bon moment de détente et quelques bières." Le nom et certains détails ont été modifiés (ndlr).

Par Frédérick Cowell

 

 

Faussaire de cartes bancaires

Pour donner un autre éclairage à cette enquête sur les jobs souterrains, un ami de grande confiance, Rak, m'a proposé de l'interviewer. Rak est engagé dans un trafic de fraudes de cartes bancaires. Il a commencé après avoir entendu parler d'un ami de chez lui qui faisait ca. "C'était très tentant de rejoindre ce business et de me faire beaucoup d'argent. Je restais plus ou moins distant de ce qui se passait mais j'ai quand même fait quelques petits boulots pour le réseau" annonce-t-il.

Avant de commencer ses études à Londres, Rak a réalisé qu'il allait avoir besoin de beaucoup d'argent pour financer ses études et se permettre des sorties. Quand des amis impliqués dans un business de fausses cartes lui ont donné leur confiance, il a décidé de les rejoindre. Ses parents croient qu'il vit de son prêt d'étudiant (en Angleterre, les banques consentent souvent à des prêts importants pour permettre aux étudiants de payer leurs études. ndlr), mais lui ne veut pas "devoir quoi que ce soit à qui que se soit".

J'ai commencé par demander à Rak ce qu'il faisait exactement : "Notre réseau obtient les informations de cartes bancaires valides. Après, nous faisons des cartes clones en plastique à partir de ces informations". Il ne veut pas trop en dire, surtout à propos des techniques de falsification, mais il affirme que les informations des cartes viennent de "clients de magasins".

Le truc pour se faire de l'argent, selon Rak, c'est de vendre les fausses cartes à des amis, à des gens en lesquels il a confiance. Autre méthode : acheter lui même des produits très onéreux et les vendre à des recéleurs. Injections de cash

Rak ne ressent aucune culpabilité pour ce qu'il fait. Ses victimes récupèrent l'argent chez leurs banquiers, soutient-il, et, c'est pour lui du "tout petit banditisme". Il vient d'une zone à grand taux de délinquance et ressent un besoin de marcher avec ses amis, de les aider.

Les risques ne l'effraient pas non plus. Lui et ses amis font leur business en toute sécurité. Arrêtera-t-il avec l'obtention de son diplôme ? "Maintenant que j'ai commencé, ca va être dur" concède-t-il. "J'ai vraiment envie d'utiliser mon diplôme pour me trouver un bon job, mais ça fait toujours du bien de s'offrir des petites injections de cash. Ca rend la vie plus facile, si tu vois ce que je veux dire..."

Le nom et certains détails ont été modifié. Ndlr.

Par Dominic Chan

1connu Anonyme
Paris, France