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FRANCE | Tchèque ou slovaque ? Un choix de langue difficile

06/12/04 | Palo Fabus

Je suis étudiant en République Tchèque, mais je viens de Slovaquie. Il y a deux ans, j'ai écris un article pour les étudiants qui commençait comme cela : “La tortue et le chameau mangent des insectes au petit déjeuner. La cigogne, pendant ce temps, les observe”.

C'est une des phrases que les étudiants Slovaques aiment sortir à leurs semblables Tchèques pour les étonner. La raison: aucun des mots utilisés n'est identique à la langue tchèque.

L'expérience fait sourire les Tchèques, qui constatent avec dépit que leurs espoirs de comprendre un jour le slovaque resteront sans doute vains. Des tonnes d'articles ont été écrits sur ce sujet et les étudiants en discutent beaucoup. Au temps de la Tchécoslovaquie les Tchèques, par la radio, la télévision et les livres, avaient des contacts réguliers avec la langue slovaque. Aujourd'hui, ces contacts n'existent pratiquement plus.

Les enfants Tchèques ne comprennent plus la langue slovaque. Ce constat n'est pas dramatique, mais il surprend beaucoup de monde, surtout les Tchèques, bien sûr. A mon avis, les adolescents tchèques d'aujourd'hui comprennent le slovaque aussi bien que nous comprenons le polonais (nous captons quelques mots, parfois des significations). Par conséquent, dois-je parler aux tchèques en leur langue ou en la mienne, avec le risque d'être mal compris ?

Se comprendre

Un Slovaque, étudiant dans une université tchèque, décide dès son arrivée de parler une seule ou plusieurs langues allant du slovaque au tchèque en passant par le tchécoslovaque (sorte de mixe entre les deux : un vrai bordel linguistique !). Je dois remarquer que les slovaques ont souvent tendance à penser qu'ils doivent parler tchèque. Cette impression vient sans doute des films qui, sur la télé slovaque, sont sous-titrés en tchèque. Les livres, également, sont pratiquement toujours traduits en tchèques. En fait, c'est comme si il existait une pente qui menait du côté tchèque au côté slovaque. Comme si la culture tchèque roulait et descendait constamment vers nous pendant que notre culture devait être péniblement tirée vers le haut. J'ai fait la connaissance de Slovaques qui voulaient "donner des coups de pieds aux culs des Slovaques qui parlent tchèque". On s'entendra sûrement sur ce point : Chaque pays à sa dose de nationalistes bornés et c'est regrettable. Moi, je ne me suis jamais considéré comme nationaliste, mais quand je suis venu étudier en République Tchèque, j'ai senti une sorte de responsabilité par rapport à mes origines.

Je me suis mis à parler de façon beaucoup plus littéraire, riche, qu'auparavant. Je me disais que si les Tchèques comprenaient ce que je disais, autant que cela ne soit pas de l'argot. Au bout d'un moment, j'ai appris à reconnaître les mots " cruciaux " du vocabulaire slovaque (difficilement compréhensibles pour les Tchèques), et à les remplacer par des mots tchèques. Se comprendre les uns les autres : c'est ma priorité.

Je suis aussi alarmé par le fait que le slovaque soit attractif pour les tchèques à cause de son côté euphonique. Pour les étudiants, chaque expérience interculturelle est un avantage, un enrichissement. Alors, si vous avez un ami Slovaque qui est gêné de parler slovaque avec vous, assurez le que ca ne pose aucun problème. Je suis sûr que vous lui ferez plaisir.

Palo Fabus
Brno, République Tchèque