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C 'est probablement la question la plus fondamentale des débats communautaires belgo-belges contemporains. Bien sûr, les réponses sont aussi variées que les formulations de cette question, tantôt sur le mode économique, tantôt sur le mode social, parfois encore sur le mode de l'imaginaire nationaliste. Nous essayerons ici de ne pas entrer dans le débat de chiffres pour se concentrer sur le fond du problème. Tout d'abord, il semble logique de s'interroger sur la nature de cet avenir, avant de déterminer autour le champ des probables. Car si certains le voient fermement fédéraliste, comme aujourd'hui, la plupart des positions flamandes sont confédéralistes. La nuance paraît faible, mais sous-entend un changement radical dans la répartition des compétences entre pouvoir fédéral et pouvoir régional. A tel point qu'on peut se demander, une fois la révolution institutionnelle amorcée, quel pourrait encore être l'intérêt et le sens d'un pouvoir confédéral qui ne serait plus ni un État, ni une nation. N'ayant plus aucune souveraineté, il serait incapable de peser réellement sur les conditions de vie de sa population. On peut supposer, donc, qu'il s'agit là d'un premier pas vers une sécession du pays. C'est une opinion partagée par la plupart des représentants francophones, qui insistent pour connaître le but ultime des revendications flamandes actuelles. La nature de l'avenir du pays se confond donc plus ou moins avec sa possibilité, et c'est ce qui rend, entre autres, les négociations si intenses. Et avant de se poser la question de l'avenir, on peut s'interroger sur la nature de la Belgique elle-même, en tant qu'État-nation. En effet, état tampon dans la géopolitique européenne d'alors, la Belgique n'a jamais été une nécessité. Elle ne s'est pas du tout construite suivant le principe de l'autodétermination des peuples, puisque rassemblant des populations plutôt étrangères au départ, qui s'unirent dans un intérêt conjoncturel, jamais dans un lent travail de construction nationaliste. Pour preuve, avant que la révolution populaire ne soit réprimée par les gardes bourgeoises, c'est le drapeau français qui était arboré par les révolutionnaires, dans une optique de contestation économique plus que nationaliste. Le travail de falsification des mémoires a commencé dès la proclamation du pays, celui-ci se dotant d'une mythologie fondatrice parfois historiquement fausse, et de héros nationaux qui pour certains n'avaient de belge que quelques hasards géographiques, et encore. Avec le despotisme linguistique du français vis-à-vis des langues populaires flamandes et wallones, et la domination sociale que cela suppose, l'échec de la construction d'un État-nation s'amorce, jusqu'à devenir flagrant dès la Première Guerre mondiale. Le peuple flamand allait se faire tuer sous les ordres d'officiers dont il ne comprenait pas la langue, ce qui contribua à radicaliser le nationalisme flamand. En fait, c'est dans le colonialisme que les Belges semblent avoir été les plus unis, exploitant main dans la main la manne africaine. C'est peut-être ça la force et l'originalité de la Belgique : la faiblesse de son État-nation, garantissant une modestie géopolitique (une fois la triste époque colonialiste passée) et posant les bases du particularisme belge, c'est-à-dire de ne jamais se prendre au sérieux puisqu'on ne peut pas se le permettre. Maintenant, reste à savoir si les quelques symboles nationaux encore debouts arriveront à assurer la pérennité du pays. Car « pour faire l'amour, il faut au moins être deux », si les Flamands ont la ferme volonté de se refuser aux charmes francophones, personne ne peut les y obliger. La "belgitude" tant vantée est plus un état d'esprit qu'une opinion politique, alors pourquoi vouloir à tout prix s'attacher à ce pays maltraité ? Reste évidemment à définir la forme concrète que cette sécession peut prendre, mais c'est le principe qui pour le moment importe. Beaucoup de scénarios restent possibles, mais celui de l'État fédéral belge dans sa forme actuelle paraît être le moins probable. Des changements vont venir, c'est inévitable, alors autant essayer de s'en accommoder le plus tôt possible. Qu'importe le drapeau qu'on sert si on a la manière. Qu'importe vivre dans un état fédéral, confédéral, francophone, bruxelleois, wallon, flamand, si les droits démocratiques sont respectés, notamment ceux des minorités. Une fois qu'ils auront compris cela, on peut espérer que les Belges puissent vraiment avancer, et se concentrer sur les vrais problèmes, socio-économiques plutôt que communautaires.
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