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Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

FRANCE | Ceci n’est pas un pays

01/10/07 | Antoine Zéo

La fracture de la Belgique ne datepas d’hier, elle est inscrite dans ses gènes. Retour sur l’histoire d’un petit pays compliqué.

Répartition des zones administratives
Amandine Poirier
Nantes France
« Messieurs les Flamingants, j'ai deux mots à vous rire... Il y a trop longtemps que vous me faites frire... » Le refrain est connu, et si c'est en 1977 que Jacques Brel l'a rageusement mis en musique, ce n'est pas d'hier que la Belgique se trouve divisée. Les Wallons francophones au Sud ; les Flamands néerlandophones au Nord : deux communautés de langues, de cultures et d'identités différentes, deux "peuples" unis dans un royaume dont on a célébré, en 2005, le 175e anniversaire et qui ressemble de plus en plus à une coquille vide. Tout commence en 1815. Au congrès de Vienne, l'actuelle Belgique est alors unie aux Pays-Bas. Mais ce nouveau royaume est bien peu cohérent. Les provinces du Sud, catholiques, supportent mal la tutelle hollandaise et protestante, et se révoltent en 1830. La France bourgeoise et libérale de Louis-Philippe encourage les révolutionnaires, et la Belgique obtient son indépendance. L'année suivante, Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha devient le premier "Roi des Belges". Le nouveau pays vit sa révolution industrielle, s'enrichit considérablement jusqu'à devenir, à l'aube du XXe siècle, la quatrième puissance économique du monde. La Belgique participe même au dépeçage de l'Afrique, en prenant possession de l'immense Congo. Mais cet extraordinaire essor se fait en français : c'est la langue des élites, tant dans le monde politique que dans celui des affaires, et aussi bien chez les Wallons que chez les Flamands. Et alors que ceux-ci sont majoritaires dans le pays, il faut attendre 1898 pour que leur langue devienne langue officielle, à égalité avec le français. Dès cette époque, se pose donc le problème de l'unité de la "nation" belge. Jules Destrée, leader wallon, écrit dans une Lettre au Roi restée célèbre : « Sire, vous régnez sur deux peuples. Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands. Il n'y a pas de Belges. » On est en 1912. Pourtant, la Belgique survit à l'occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, et la figure d'Albert Ier, le "roi chevalier" resté à la tête de ses troupes, unit le pays autour de la famille royale.

Guerre civile

En fait, il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que le problème de l'unité prenne une réelle importance politique. La "question royale" le manifeste une première fois. En 1950, les Belges doivent se prononcer sur le droit de Léopold III, accusé de complaisance avec le régime nazi pendant la guerre, à rentrer dans son pays après cinq ans d'exil. Le "oui" l'emporte, mais si les Flamands ont massivement voté pour le retour du roi, les Wallons, eux, s'y opposent avec force. On est alors tout près de la guerre civile lorsqu'à Namur et Charleroi les drapeaux rouges se mêlent aux tricolores de la France voisine... Léopold finit par abdiquer en faveur de son fils Baudouin, en 1951. C'est le déclin puis l'effondrement des vieilles industries wallonnes, dans les années 60, combinés au renouveau des revendications culturelles flamandes, qui va faire de la question communautaire l'alpha et l'oméga de la vie politique du pays. Pour la première fois depuis l'indépendance, les Flamands sont plus riches que les Wallons, et ne se gênent plus pour dénoncer "l'arrogance" des francophones. En 1968, la section francophone est ainsi chassée de l'université de Louvain, en Flandre, et s'établit de l'autre côté de la frontière, à Louvain-la-Neuve. À la même époque, les partis politiques belges se scindent eux aussi en deux. A partir de 1970 et jusqu'en 1993, quand elle devient officiellement un État fédéral, la Belgique s'adapte donc à l'antagonisme croissant entre les deux communautés et réforme profondément ses institutions. D'une complexité et d'un raffinement extrêmes, elles se fondent sur un "double fédéralisme" où trois communautés linguistiques (francophone, flamande et germanophone) se superposent à trois régions administratives : la Flandre, la Wallonie, et Bruxelles-capitale, qui est à la fois la capitale fédérale et celle de la Flandre. Aujourd'hui, les deux communautés vivent donc de manière quasiment autonome, tant les compétences du gouvernement national ont été rognées. Elles ne se parlent plus, ne se comprennent plus et, plus grave, ne s'aiment plus. La saillie furieuse de Brel ("Je vous emmerde") est devenue, trente ans plus tard, un slogan politique.

Antoine Zéo
Paris, France