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Sur les affiches du groupe, c'est le nom d'Emir Kusturica qui apparaît en gras. Mais le leader du No Smoking Orchestra, c'est bien lui : Nele Karajlic. Mi-novembre, à Strasbourg, la salle du Rhénus ne s'y trompe pas. C'est lui qu'elle acclame quand il entre sur scène en trombe, costume blanc sur maillot de football. Un peu plus tôt, dans les loges, celui que Kusturica annonce comme "Docteur Nele" explique : "J'ai créé ce groupe il y a deux cents ans et aujourd'hui, j'écris et je chante. Mais surtout, je me marre en faisant le tour du monde." Le nomade du Unza Unza L'aventure a en fait commencé dans les années 1980, à Sarajevo, dans ce qui était encore la République de Yougoslavie. Le groupe, qui s'appelle alors Zabranjeno pušenje ("Interdit de fumer"), fait partie d'une scène qui mêle rock garage et influences traditionnelles. 1991, la guerre. Les membres sont séparés. Le groupe se reforme autour d'un noyau serbe et bosniaque, à Zagreb. De son côté, Nele Karajlic fonde un nouveau groupe, le No Smoking Orchestra, à Belgrade. Mais quand il dit "mon pays", c'est toujours pour désigner l'ex-Yougoslavie dans son ensemble. De son vrai nom Nenad Jankovic, né à Belgrade en 1962, Nele accepte en plaisantant la définition de nomade : "Vous ne pouvez pas vivre dans la région des Balkans sans être prêt à bouger. Parce que tous les 40 ou 50 ans, il y a une guerre. Il faut toujours avoir sa valise prête..." L'influence des nomades des Balkans, qui "transportent leur musique de pays en pays", est sans conteste la principale source du punk tzigane du No Smoking Orchestra. Mais le style ne ressemble à rien d'autre. "Nous l'avons appelé le Unza Unza, quand nous avons commencé notre aventure mondiale en 1999." Une étiquette colée à contrecœur. "Je n'aime pas ces noms donnés à la musique. La musique est la même partout. C'est l'industrie qui a créé ces titres pour vendre des disques plus facilement." Quand on lui parle de la censure qu'il a connue à l'époque de la Yougoslavie communiste, Docteur Nele sourit. "Ce n'est pas le genre de censure auquel vous pensez. Pas de censure d'État comme en URSS, mais un système dans lequel les labels de musique savaient comment faire pression pour changer les paroles des chansons. Aujourd'hui, c'est le contraire. Surtout dans mon pays qui a explosé dans ces changements disons démocratiques. On peut dire ce qu'on veut mais je ne suis pas sûr que ce soit beaucoup mieux. Finalement c'est presque pareil. Le système incite les gens à ne pas penser à certains sujets." Politique au pied du Parlement Cette énième réflexion politique de l'avant-concert est le moment choisi par Emir Kusturica pour passer la tête dans l'encadrement de la porte de la loge. "Our director (notre réalisateur)", dira Nele sur scène. Les deux hommes se vannent, sur la politique en particulier. "Il y a un Parlement à deux pas d'ici, tu n'as qu'à aller y parler politique", lance Nele à son ami Emir. Une scène digne de Super 8 stories, le documentaire de Kusturica sur la tournée du No Smoking Orchestra. "Il est l'heure de rentrer à l'hôtel", lâche le réalisateur serbe, alors que la discussion part un peu dans tous les sens et que les notes commencent à monter des autres loges. L'heure d'aller troquer les sweat-shirts Life is a miracle (le dernier film de Kusturica) pour les vêtements de scène. Nele le chantera quelques heures plus tard : pour le No Smoking Orchestra, la vie n'est pas un miracle, elle est "juste un simple jeu".
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