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Nantes, France

FRANCE | De Baise-moi à Bridget Jones

18/12/07 | Hélène Yhuel

En matière de littérature féministe, l’Europe s’est assoupie. Doit-on en déduire que la condition de la femme s’est améliorée ? Pas tout à fait.


Delphine Hourdequin
Rennes France

J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du marché de la bonne meuf." Dès la première phrase de King Kong Théorie, essai autobiographique de Virginie Despentes, on reconnaît la verve acérée de l'auteur de Baise-moi. Mais on devine aussi cette désillusion amère qu'éprouvent les femmes du post-féminisme.

Le combat des années 70 ne les a pas libérées des clichés. La vie de Virginie Despentes sort des sentiers battus : punkette violée à 17 ans, prostituée occasionnelle et artiste à scandales. Sa pensée s'en ressent, son style aussi. King kong, c'est un coup de fouet qui réveille le débat, et on rugit de plaisir.

Le Corset invisible est un titre qui illustre parfaitement ce que dénoncent les romancières Eliette Abécassis et Caroline Bongrand : les "effets pervers" du féminisme. "La libération de la femme ne l'a pas libérée, elle l'a au contraire esclavagisée." Tel est le paradoxe que soulève cet ouvrage. Si la femme a réussi à éliminer le corset de sa garde-robe, un autre l'enserre, d'autant plus étouffant qu'il ne s'agit pas d'une pièce de tissu, mais de toute une pression sociale : il faut être toujours plus belle, mince et performante, tout en étant une bonne épouse et une bonne mère.

Bridget Jones, l'icône qui déride

Avec ce bilan plutôt pessimiste, on s'aperçoit que les femmes doivent toujours lutter. Mais contre elles-mêmes. Comment réagit la lectrice européenne face à cette image de papier glacé ? Elle trouve une échappatoire : le rire. En témoigne le succès fabuleux du Journal de Bridget Jones. Vendu à 4 millions d'exemplaires, ce livre a déridé aussi bien les Espagnoles que les Allemandes. Obsédée par ses kilos en trop et par sa solitude de trentenaire carriériste, la journaliste écervelée, imaginée par l'Anglaise Helen Fielding, est devenue une véritable icône.

"Ce type de romans place la femme dans une perspective post-féministe. Il est de plain-pied avec la réalité psychologique et sociologique de notre époque", résume Tony Cartano, directeur du département Etranger chez Albin Michel, éditeur verni du Journal de Bridget Jones. Mais le débarquement de cette "littérature de poulette" (Chick lit) en Europe ne doit pas tromper : derrière l'ironie du verbe, il y a toujours une pointe de gravité.

Rédacteur : Hélène Yhuel, Paris, France




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