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La Suède fait depuis longtemps figure de modèle en matière de féminisme et de droits des femmes. En 1999, le gouvernement suédois a adopté une loi criminalisant les clients et non pas les prostituées. Une mesure révélatrice : dans le pays, les femmes liées à la prostitution ou à la pornographie sont généralement considérées comme des femmes-objets, soumises à la violence masculine. Du même coup, l'égalité des sexes ne peut être atteinte tant qu'un homme peut avoir l'idée "d'acheter le corps d'une femme". Loin des sculpturales et angéliques ingénues de Bergman, Petra Östergren ne l'entend pas de cette oreille. Cette brune à la crinière féline veut briser l'image d'Epinal selon laquelle les femmes sont naïves, réifiées et dominées dans leurs rapports avec les hommes. Elle revendique leur droit à l'autodétermination sexuelle. Le corps, outil de travail Et les arguments sont nombreux. Le sexe est une affaire privée et les rapports sont conclus entre adultes consentants. Les femmes sont des sujets qui ont le droit de choisir leurs partenaires sexuels. Elles sont dotées d'une "volonté libre" et peuvent choisir de faire l'amour devant une caméra ou de se prostituer, c'est-à-dire utiliser leurs corps comme outil de travail. Pour la figure de proue du féminisme radical suédois, la prostitution devrait être considérée comme une prestation de services, et non comme une domination de l'homme sur la femme. Dans son livre intitulé Pornographie, putes et féministes, publié en 2006, Petra donne la parole aux travailleuses du sexe : elles sont fortes, aiment leur travail, ne subissent pas de violence, mais se sentent stigmatisées par la morale sexuelle suédoise. Car sexe et politique ne font pas bon ménage. Les prostituées se disent victimes de l'attitude adoptée par le gouvernement. En effet, les clients effrayés osent de moins en moins les aborder dans la rue. Elles ne peuvent plus exercer leur activité aussi facilement, et doivent ainsi rejoindre des réseaux ou aller sur Internet pour trouver des clients. "Prostitution d'appartement" Petra soutient que la loi, censée protéger les prostituées, les discrimine. La Suède, qui se félicite de la diminution de la prostitution de rue, voit en réalité la "prostitution d'appartement" augmenter fortement. Quant aux femmes qui vendent leurs services sur Internet, elles ne peuvent plus sélectionner leurs clients comme avant. Ainsi, elles sont davantage sujettes aux violences, car la prostitution se fait dans l'ombre. Anticonformiste et engagée, Petra participe au débat sur la pornographie et la prostitution depuis une dizaine d'années. Elle s'attire les foudres d'autres féministes car sa conception de la sexualité ne cadre pas avec les idéaux du féminisme traditionnel. Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, une chose est sûre : Petra ne restera pas enfermée dans un moule Ikea.
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