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FRANCE | Samuel P. Huntington, ou l'hypothèse du Choc des Civilisations

27/09/07 | Cyril Bérard

En 1993, Samuel P. Huntington publie "The Clash of Civilisation" dans la revue américaine Foreign Affairs. Cet article provoquera de nombreuses réactions dans la classe intellectuelle mondiale et fera l’objet de nombreuses critiques. Il s’expliquera 3 ans plus tard dans un livre homonyme qui fait aujourd’hui figure de référence pour un certain nombre de spécialistes des relations internationales, malgré ses tendances ségrégationnistes.

Samuel P. Huntington
Selon l'auteur, les cartes de la géopolitique mondiale ont été redistribuées depuis la chute de l'empire soviétique, qui a marqué un tournant dans l'équilibre global. La fin de la guerre froide aurait selon lui réveillé les vieux antagonismes nationalistes, ethniques et confessionnels, qui avaient été comme "congelés" pendant la traversée sanglante du XXème siècle. Ainsi les tensions globales à venir ne seront plus d'ordre économique, politique ou territorial, mais d'ordre idéologique ; et les conflits globaux ne seront plus étatiques, mais civilisationnels. Huntington identifie arbitrairement 7 blocs civilisationnels, qui seraient selon lui homogènes et cohérents, basés sur des critères d'appartenance ethniques et religieux, ayant chacun leurs propres caractéristiques incompatibles avec celles des autres civilisations, de sorte que les relations entre celles-ci ne pourront être que concurrentielles, voire conflictuelles. Il développe sa théorie autour du concept du "pays frère", ou "proche parent", en prenant comme exemple la première guerre du Golfe, qui a vu nombre de pays arabes se rallier à la cause irakienne par sentiment d'affinité ethnique et religieuse.

En définissant les civilisations comme cohérentes et homogènes, Huntington nie deux points fondamentaux de l'histoire de l'évolution: le premier est le mélange et l'hybridation culturelle internationale qui sont constitutifs de la création de toute société (qu'auraient inventé les mathématiciens occidentaux sans l'apport des mathématiciens arabes?); le deuxième est le choc interne inhérent à toute société en mutation. Ainsi, les dites civilisations ne sont jamais cohérentes en soi mais sont toujours composées de différents courants et sous-courants qui la composent. Il n'existe pas un seul Islam et un seul Occident, comme tend à nous le faire croire Huntington. Celui-ci voit l'Islam comme une religion sanguinaire (un de ses chapitres s'appelle "Du sang aux frontières de l'Islam"), qui aurait une plus forte propension à recourir à la violence des armes dans les conflits avec ses voisins, alors qu'il définit l'Occident comme la civilisation des valeurs pures (liberté, égalité, démocratie parlementaire), qui seraient les valeurs exclusives de l'Occident. C'est d'ailleurs parce que les autres civilisations ne sont pas prêtes à accepter nos valeurs que nous entrerons inévitablement en conflit avec elles nous explique-t-il. Huntington parle des relations internationales en définissant un grand "nous", qui fait face à un grand "eux", qu'il nomme d'ailleurs le "reste du monde". Une vision très occidentale du monde donc, qui porte à croire que ce qui l'importe et en fait le "nous", l'Occident. Il prophétise même une éventuelle connexion confucéo-islamiste (comprenez la Chine et les pays musulmans autour de l'Iran), qui serait le futur ennemi de l'Occident. Ainsi Huntington oublie sa fonction d'universitaire et d'analyste et se positionne en Machiavel du XXIème siècle, perpétuant ainsi sa fonction de Conseiller national américain de sécurité, qu'il a exercé sous l'administration Carter.

Cyril Bérard
Nantes, France