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MACEDOINE | Macédoine: le gouvernement sur ses gardes

04/12/07 | Antoine Le Roux

Alors que se négocie l'indépendance du Kosovo voisin, les autorités de la République de Macédoine s'inquiètent des affrontements répétés avec des groupes armés. A les entendre, la guerre civile n'est pas loin. La population, pour un quart albanaise, est loin de partager cet avis.

L'Armée de libération du Kosovo (UCK) est soupçonnée de semer le trouble en République de Macédoine.

Il y a un mois, la région de Tetovo, à l'ouest de Skopje, a été le théâtre de violents affrontements. Ils opposaient les autorités macédoniennes à des groupes extrémistes armés. Dans la matinée du 7 novembre, la police macédonienne a lancé une intervention de grande envergure dans la zone du village de Brodec, non loin de Tetovo, région peuplée en majorité d'Albanais. L'opération a fait quatre morts parmi les membres du groupe armé.

Des anciens de l'UÇK, évadés de la prison de Dubrava

Selon le témoignage des villageois relevés par le Balkan Insight, une antenne rattachée à un réseau d'informations local et indépendant publiée en anglais sur internet, les fusillades opposaient la police macédonienne à des « personnes extérieures » à la Macédoine. Ces villageois affirment même avoir aperçu, les jours précédents, des hommes en uniforme portant l'insigne de l'UÇK et patrouillant dans les villages alentours. Cette opération visait également à mettre la main sur trois anciens combattants de l'UÇK, évadés de la prison kosovare de Dubrava, dont l'un d'eux a été découvert asassiné à proximité du village d'Odri, toujours près de Tetovo.

Dans la soirée du 7 novembre, la ministre de l'intérieur, Gordana Jankulovska, a affirmé que des stocks d'armes, de munitions et de bombes avaient été découverts. Elle a annoncé également l'arrestation, à Skopje, de quatre membres de ce même groupe extrémiste. Ce dernier, selon la ministre, est principalement composé de citoyens du Kosovo et de divers citoyens macédoniens ayant un casier judiciaire.

En septembre près de Kumanovo, en octobre à la frontière kosovare


Ces événements ne sont peut-être pas le fruit du hasard. Ils pourraient être les prémisses de nouveaux affrontements dont le foyer n'est autre que le Kosovo voisin. Au cours des derniers mois, la presse macédonienne a en effet alimenté cette thèse. L'Utrinski Vesnik et Dnevnik, deux parutions respectées par la population, et, dans le cas de Dnevnik, proche du gouvernement, ont fait le récit d'événements similaires à celui du 7 novembre.

En septembre, une sanglante fusillade aurait opposé la police macédonienne à quatre individus dans un village près de Kumanovo, une région connue pour avoir été un des foyers des affrontemenst de  2001. Le journaliste de l'Utrinski Vesnik envisage d'emblée l'hypothèse d'une opération de représailles après l'arrestation, quelques jours plus tôt, d'un ex-membre de l'UÇK.

Le Dnevnik retrace également un incident du même ordre. En octobre, une patrouille de police a été attaquée a proximité de la frontière kosovare. Un policier macédonien aurait été tué. Selon les autorités macédoniennes, les agresseurs venaient du Kosovo.

Les autorités bandent les muscles


A première vue, il serait tentant d'interpréter ces faits comme les signes qu'une menace plane sur la stabilité de la Macédoine. A y regarder à deux fois, on y décèle surtout la volonté des autorités macédoniennes de présenter un visage fort face à un éventuel agresseur. Un envoye spécial pour Le Courrier des Balkans, un portail d'informations en francais, insiste, dans un article paru au lendemain des événements du 7 novembre, sur le nombre des policiers et les moyens mobilisés. Le journaliste évoque la présence d'hélicoptères, d'automitrailleuses, les routes fermées et le poste de la frontière kosovare au nord de Tetovo également fermé.

Dans ce pays de deux millions d'habitants, 300 000 réfugiés kosovars ont afflué lors des évènements de 1999, venant grossir les rangs de la communauté albanaise de Macédoine (25% de la population environ). Deux ans plus tard, en 2001, des affrontements éclataient entre des groupes armés albanais de l'ouest du pays et les autorités macédoniennes. Ils se sont achevés par les accords d'Ohrid garantissant aux Albanais des droits plus étendus.

« En cas d'indépendance, pourquoi les groupes armés albanais du Kosovo, forts de leur succès, ne tenteraient-ils pas leur chance en Macédoine ? » , s'interroge Nikola Popovski, membre d'une organisation de journalistes volontaires à Skopje. Si cette question reste sans réponse, le succès d'une telle opération est loin d'être établie : les affrontements concernent des groupes armées isolés; la population ne semble pas y avoir pris part.

« Les Albanais sont une cible facile »

Au sein de la population macédonienne, ces craintes trouvent un écho restreint. Une étudiante de l'université de Skopje voit dans ces menaces des relents de discrimination et de racisme qui touchent encore la communauté albanaise. Cette jeune femme a grandi dans la partie albanaise de Skopje et affirme que l'hypothèse d'affrontements est absurde. « Les journaux rendent souvent les Albanais responsables de beaucoup de crimes. Ils sont une cible facile. » Ils ne veulent pas risquer leur vie à nouveau. Ou encore être pris entre les feux des autorités macédoniennes et des groupes armés. La population ne craint pas, selon elle, de nouveaux affrontements : « C'est vrai que quelques groupes armés se reforment. [Notamment au Kosovo (l'AKSH).] Les rumeurs au sujet de stocks d'armes constitués se multiplient. Mais l'armée macédonienne est mieux entraînée. » Les Albanais de Macédoine ne seraient pas « fous » au point de mener une révolte qui serait vouée à l'échec. Quant à l'indépendance du Kosovo ? « Peut-être devrions-nous leur laisser au moins cette chance : celle d'essayer par eux-mêmes. »

Rédacteur : Antoine Le Roux, Skopje, Macédoine




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