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Nantes, France

FRANCE | L’ETA bouleverse la société

05/02/07 | Raul Pérez Aguilera

Malgré l’attentat du 30 décembre 2006 à l’aéroport de Barajas (Madrid) qui a fait deux morts, l’ETA n’a pas rompu la trêve. La classe politique se divise et, à force de désinformation, les médias perdent la confiance des citoyens.

Le pouvoir actuel a abordé le processus de paix avec le dialogue pour seul arme.
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Nantes France
Le 30 décembre 2006, l'organisation terroriste basque ETA a fait exploser une fourgonnette contenant 200 kg d'explosifs dans le parking du Terminal T-4 de l'aéroport de Madrid. Malgré l'alerte à la bombe, cet attentat a fait deux morts (Carlos Alonso Palate et Diego Armando Estacio, tout deux immigrés équatoriens résidants en Espagne, ndt) et au moins quatre blessés. Par cette action, l'ETA a mis fin au cessez-le-feu. Elle l'avait pourtant accepté le 24 mars 2006 suite aux négociations dans le cadre du processus de paix. Elle ridiculise aussi le chef du Gouvernement, José Luis Zapatero, qui déclarait la veille, à propos du groupe terroriste, que « tout irait mieux dans un an ».

Un pays soudé mais des partis divisés

Le 13 janvier, les syndicats CCOO (Commisiones Obreras, ndt) et UGT (Union General de Trabajadores, ndt) organisèrent des manifestations dans les principales villes du pays. Par exemple, quelque 200 000 personnes à Madrid et 80 000 à Bilbao revendiquèrent leur volonté de paix et de liberté, et leur rejet de la violence et de l'ETA. Mais cet attentat a aussi divisé le monde politique. Le PP (Parti Populaire, ndt), principal parti de l'opposition, et l'AVT (l'Association des Victimes du Terrorisme, ndt) ne se sont pas joints à l'action du 13 janvier en signe de protestation contre la politique trop « laxiste » de M. Zapatero vis-à-vis des terroristes. Le PP (qui avait perdu les précédentes élections en accusant à tort l'ETA des attentats du 11 mars 2004, ndt) a fondé l'essentiel de sa légitimité en critiquant quasi systématiquement le Gouvernement sur son action antiterroriste. Une critique qui n'est pas gratuite. Le pouvoir actuel a abordé le processus de paix avec le dialogue pour seul arme, alors que l'ETA avait enfreint toutes les conditions posées par le Gouvernement (arrêt de la violence urbaine, des vols d'armes, des extorsions, ndt). Les négociations n'aboutirent naturellement pas. Le cessez-le-feu conclu était, semble- t-il, bien fragile. La lutte contre l'ETA devient plus difficile avec la division de la classe politique espagnole. La fracture est telle que Feliciano Fidalgo, dirigeant des CCOO, « demande au deux grands partis de ne plus se chamailler en public ». Si M. Zapatero nie toute crise politique, il reconnaît néanmoins la nécessité « de refonder un grand consensus national au sujet de la lutte contre l'ETA ».

Désinformation

Dernièrement, les médias ont utilisé l'attentat pour faire de l'audience. En effet, après l'explosion, certains journalistes se sont déplacés jusqu'en Equateur afin de montrer aux Espagnols la douleur des familles des défunts. Déclarations, larmes et même interviews personnelles ont été les moyens les plus utilisés pour couvrir le sujet. Ces agissements peuvent être taxés de polémiques, intéressés et sensationnalistes. Pendant la manifestation, des participants avaient pris en grippe certains médias, lesquels font aujourd'hui le jeu des partis. Des consignes contradictoires ont même été données à Telemadrid (tendance droite, ndt). Les médias politisent de nouveau l'opinion publique. L'exemple le plus frappant a été la théorie du complot avancée par El Mundo suite aux attentats du 11 mars 2004. Le quotidien avait affirmé que l'auteur des attentats était l'ETA, et non Al-Quaida. Les enquêtes d'El Mundo étaient pour le moins douteuses : achat de témoins, falsification de preuves, etc. afin de remporter les élections face au PP, le PSOE aurait manipulé police, services secrets, juges et médias, alors qu'il n'était même pas au pouvoir à l'époque ! D'autre part, la chaîne de radio COPE a contribué à médiatiser cette thèse, notamment en éditant un livre approuvant ce complot. Pour ces raisons, les médias espagnols sont aujourd'hui confrontés à leur public. Car ils n'ont pas seulement perdu la confiance des Espagnols, ils sont aussi devenus l'exutoire d'un pays en mal d'unité et de vérité. Face aux médias, les Espagnols gagnent en maturité. Ils ne tolèrent plus les mensonges et les manipulations de l'information au service de logiques partisanes.

Traduit de l'espagnol par Xavier Bégué et Margaux Cloix

Raul Pérez Aguilera
Málaga, Espagne