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Journal EUROPA : Que représente un dessinateur comme Willem pour toi ?
Florian Delobelle : C'est sûr que c'est un monstre du dessin de presse. Son travail est incroyable, il n'y a qu'à voir de plus près les dessins originaux pour justifier le travail de précision qu'il fournit. Comment un jeune dessinateur voit l'Europe aujourd'hui ? Est-ce une source d'inspiration pour toi ? F. D. : Pas du tout, je cible plutôt la France. Pour l'instant, le contexte international est pour moi assez compliqué, je ne maîtrise pas vraiment la situation européenne. Pour le référendum sur la Constitution c'était beaucoup plus intéressant, même si je ne comprenais pas vraiment ce qui en découlait. Pourquoi ? F. D. : Parce que c'est le bordel ! Au niveau administratif, législatif, c'est un grand bazar. En Europe, tu as des idoles parmi les dessinateurs de presse ? Des gens dont tu t'inspires ? F. D. : J'aime bien le dessinateur espagnol Quino. Ces dessins ne contiennent presque aucune bulle, il n'y a pas de paroles, mais tout le monde comprend le message. Sinon c'est surtout les dessinateurs de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné qui m'inspirent. Tu vas bientôt avoir 18 ans... As-tu déjà participé à des concours, eu des prix, ou quelque reconnaissance du milieu professionnel ? F. D. : Justement à Expresso, le festival de la presse jeune organisé par Jets d'encre, où l'on doit faire des journaux en 48h, et avec Ricochet, qui est le journal jeune d'Orsay, on a gagné le prix du meilleur journal 15-18 ans. Mes dessins avaient, je pense, beaucoup plu aux différentes rédactions étudiantes. Mais sinon, je n'ai jamais participé à des concours parce qu'il y a très peu de festivals de dessin de presse. C'est surtout la BD. La BD est à la mode en ce moment, tout le monde veut faire ça. On assiste à une surreprésentation de la photo dans la presse au détriment des dessins. Ne t'engages-tu pas dans une voie périlleuse ? F. D. : C'est exactement le problème qui se pose, la photo est plus rentable. Aujourd'hui, les journalistes prennent eux-mêmes les photos avec leurs appareils numériques. Mais c'est ce que je veux faire, le dessin de presse me prend aux tripes, et j'ai vraiment envie de percer dans ce milieu. Que penses-tu de l'affaire des caricatures de Mahomet ? Est-ce que tu fais attention à ménager les sensibilités quand tu dessines ? F. D. : J'essaie de ne pas trop dériver vers les extrêmes. Mais de temps en temps, un dessin de presse plutôt satirique permet d'avancer, de se poser des questions. Après, les caricatures de Mahomet, c'est une affaire totalement incroyable et inutile. Pour ma part, j'ai vraiment été choqué par les réactions à travers le monde et pour une fois, j'ai trouvé Nicolas Sarkozy plutôt bon quand il disait : « Je préfère l'excès de caricature à l'excès de censure. » Toi, elles t'ont choqué ces caricatures ? F. D. : Déjà les caricatures danoises étaient nulles. Ça n'avait aucun intérêt. Après, le fait qu'on représente Mahomet ne m'a pas choqué. On caricature Jésus, pourquoi pas Mahomet ? Puis il y a eu une deuxième provocation avec un concours de dessin raciste et xénophobe qui s'est tenu en Iran. Là, c'était vraiment de la provocation gratuite. Mais sous couvert de la liberté d'expression, on peut tout se permettre.
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