DESSIN

Mitochondrie Nantes France
Mitochondrie
Nantes, France

FRANCE | Sacré Willem

05/02/07 | Cyril Bérard

Hara-Kiri, Charlie Hebdo ou Libération. Cet Hollandais compte plus de 40 ans de dessin de presse derrière lui.

" Je n’envoie pas la même chose à Libé qu’à Charlie Hebdo. "
Amandine Poirier
Nantes France
Journal EUROPA : Comment avez-vous été amené à faire les Beaux-Arts ?

Willem : C'était pour moi un moyen de raccourcir mon service militaire. Mais ça m'intéressait quand même aussi.

De quand date votre engagement politique ?

W. : C'est un processus assez long qui a commencé quand j'étais tout petit. Ça s'est développé lentement, graduellement. On ne peut pas dire qu'il y ait eu un déclic soudain comme ça, non.

Vous fondez votre premier journal à l'âge de 25 ans, God, Nederland & Oranje, dont le premier numéro a été saisi par la justice parce que vous aviez dessiné la reine habillée en pute...

W. : Oui, parce qu'elle demandait une augmentation de salaire qui paraissait disproportionnée à beaucoup de gens.

Aujourd'hui, avec le recul, le fait que le journal ait été saisi par la justice vous a-t-il porté préjudice ou en avez-vous tiré un certain bénéfice ?

W. : Ni l'un ni l'autre.

Ca n'a pas contribué à votre renommée ?

W. : On dit ça, mais je ne crois pas, parce que quand je suis arrivé en France, personne ne connaissait cette histoire-là. Donc je dirais non.

Pourquoi avoir choisi la France ?

W. : À Paris, à l'époque, il y avait un excellent climat pour les dessinateurs, mieux qu'aux Pays-Bas. Il y avait Hara-Kiri, je connaissais déjà des gens, et bon, tout m'attirait vers Paris.

Vous commencez donc à Hara-Kiri, pouvez-vous nous décrire l'ambiance de la rédaction à l'époque ?

W. : Bordélique ! (rires)

Vous dessiniez beaucoup de militaires à l'époque, aujourd'hui vous tapez sur les religieux. Comment est-ce que vous choisissez vos thèmes ?

W. : C'est l'ambiance du moment et l'actualité. Cet intégrisme, les fanatiques et tout, à l'époque ça n'existait pas comme ça, donc on s'en foutait totalement. Aujourd'hui, ça nous menace, donc il faut dessiner la-dessus.

Le cul est très présent dans vos dessins...

W. : Heu... les trois quarts de mon cerveau sont remplis de cul, donc c'est normal, non ?

Sexe, politique et religion, c'est votre leitmotiv en quelque sorte ?

W. : Je m'intéresse de plus en plus à l'Histoire, et c'est toujours ça qui domine.

Vous dessinez aussi pour Libération, est-ce que le journal vous impose des contraintes ?

W. : Je faxe tous les jours deux dessins à Libération, et ils en prennent un. L'autre je le remodèle parfois pour Charlie Hebdo ou autre chose. Quand je dessine, je ne m'impose jamais de contraintes, c'est aux rédacteurs d'avoir des contraintes, c'est leur problème.

Ca n'arrive jamais qu'ils vous disent par exemple d'accentuer plus sur la politique et moins sur le sexe ?

W. : Heu... oui, c'est normal. J'ai dessiné pendant longtemps pour 50 millions de consommateurs, Phosphore, pour des titres comme ceux-là on n'envoie pas de cul. Ca dépend du journal. Je n'envoie pas la même chose à Libé qu'à Charlie Hebdo, c'est sûr. Mais ce n'est pas une censure. On ne me donne jamais de directives, je dessine ce que je veux.

En parlant de Libération, le contenu était-il plus libre à une certaine époque qu'aujourd'hui ?

W. : Je suis entré à Libération à la fin des années 80, et oui... l'ambiance a beaucoup changé, évidemment, surtout avec... heu... comment il s'appelle, Rothschild oui, « champagne » (rires). Mais bon, personnellement je ne souffre pas trop de ça parce que je faxe tous mes trucs. Je ne prends pas part aux engueulades et tout, je déteste ça, je ne vais jamais aux réunions, à Charlie Hebdo non plus d'ailleurs.

En parlant de Charlie Hebdo, vous ne faites plus la Une depuis un certain temps, y'a-t-il une raison à cela ?

W. : J'ai trop de travail avec ce que je fais pour Libération. Quand j'ai faxé mes dessins pour Libération je suis un peu vidé, et je ne peux pas me mettre à faire une couverture pour Charlie.

Comment voyez-vous le futur du dessin de presse ?

W. : Il y a encore peu je croyais que c'était un métier mourrant parce que l'actualité dépasse souvent la fantaisie des dessinateurs. Mais cette semaine, j'étais aux Pays-Bas pour recevoir un prix, et j'étais étonné du nombre de jeunes dessinateurs qui font ce métier.

Il y a de la relève ?

W. : Des types de 20 ans, j'en vois très peu, même s'il y en a. Mais a Charlie Hebdo il y a des types de 35 ans comme Luz', qui est très fort, Charb, Riss, et tout ça. Autant de raisons d'être optimiste.

Est-ce que vous connaissez d'autres dessinateurs en Europe qui pourraient vous envier votre liberté de ton ?

W. : En Europe je ne sais pas, mais dans le reste du monde oui (rires).

Que pensez vous de l'Europe ? Etes-vous plutôt partisan ou plutôt détracteur ?

W. : Je suis très partisan. J'ai parcouru toute l'Europe, je suis marié à une Norvégienne, je suis un Hollandais qui vit en France, la seule chose que je déplore, c'est qu'avec l'euro tout est devenu très cher !

Cyril Bérard
Nantes, France

Willem par Défé.
Willem par Défé.Défé
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Facile non ?
Facile non ?Amandine Poirier
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