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Dans tout le pays, le long des routes, dans les squares, placardés sur les murs, des affiches, des tracts, des autocollants, des pochoirs. « Il est encore temps de sauver beaucoup de vies », proclame un panneau long de six mètres. Juste de l'autre côté de la route : « L'avortement illégal est une honte nationale ». Place du Chiado, la photo d'un fœtus de 5 mètres sur 5. À la télévision des montages vidéo de foetus qui parlent. Devant une statuette de l'Immaculée conception, une petite soixantaine de fervents catholiques se retrouvait chaque dimanche sur la place du Commerce de Lisbonne pour prier au nom de « la vie ». Un touriste de passage à Lisbonne ne tardait guère à apprendre qu'il s'agissait ici de la campagne relative au référendum sur la législation de l'avortement qui prit fin le 11 février. Il apprendra même au passage les bases de la langue de Fernando Pessoa : sim : oui, naõ : non. Ces deux mots qui auront divisé le pays et animé les conversations dans les troquets locaux durant 3 mois.
Encore un crime en Europe Jusqu'alors, le Portugal faisait partie, avec l'Irlande, la Pologne, Malte et Chypre, de ces pays de l'Europe des 25 qui interdisaient encore l'avortement. La législation portugaise étant la plus répressive des cinq. Passible d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est considérée comme un crime dans ce pays à forte tradition catholique. Un référendum sur la législation de l'avortement avait déjà eu lieu le 28 juin 1998. C'était une journée torride et à peine 30 % des électeurs votèrent. Une courte majorité de 51 % l'avait emporté pour maintenir l'avortement dans l'illégalité. Avec un taux de participation de 30 %, ce référendum ne pouvait légalement être considéré comme décisionnel. Malgré tout, le gouvernement socialiste de l'époque l'a déclaré et reconnu comme tel, enterrant ainsi la campagne qu'il avait pourtant lui-même initiée. Retour vers le passé Quelques années plus tard, une majorité de la population estimait qu'il fallait un nouveau référendum, qu'il fallait en finir avec une situation « digne du Moyen-Âge ». Car, au Portugal, les femmes avortent bel et bien, mais elles le font dans des conditions clandestines terribles ou alors sont obligées de le faire en Espagne et de payer des sommes importantes. On estime qu'il y a 18 000 avortements clandestins par an au Portugal. En 2006, 11 000 femmes ont dû se faire traiter à l'hôpital pour des complications suite à des avortements clandestins mal faits. Cinq femmes sont décédées. Un cas particulièrement choquant a ému le public à la fin de l'année 2006, lorsqu'une jeune fille de 14 ans mourut après une overdose de Cytotec, médicament à l'effet abortif. Cette année, le premier ministre socialiste José Socrates s'est prononcé en faveur du « oui » et a déclaré vouloir mettre fin à une situation faisant apparaître le Portugal comme « un pays arriéré » qui « persécute les femmes ». C'est l'une des grosses différences, par rapport au référendum organisé en 1998 par un autre gouvernement socialiste : à l'époque, le premier ministre António Guterres proclamait que sa foi l'empêchait, « à titre personnel », de soutenir le droit à l'avortement. Un engagement civique important « L'autre raison pour laquelle le contexte a été plus favorable aujourd'hui qu'il y a huit ans, explique Duarte Vilar, directeur du Planning familial, c'est que l'opinion publique a été très choquée par une série de condamnations récemment prononcées. » Par exemple à Aveiro, dans le Nord conservateur du Portugal, dix-sept personnes se sont trouvées accusées d'avortement illégal en février 2004 : sept femmes, leurs partenaires, un médecin et divers participants. Le médecin a été condamné à 3 ans et 8 mois de prison, une employée de sa clinique à 16 mois avec sursis et trois femmes à l'emprisonnement pour 6 mois avec sursis. La campagne de cette année a été aussi fortement marquée par le fort engagement civique : de nombreuses organisations de militants pour le « oui » n'étaient rattachées à aucun parti politique, ce qui prouve un engagement personnel, et pas seulement politique. La participation de 43,6 % était tout de même supérieure de 12 points à celle du référendum de 1998. Ainsi, en dépit de la campagne houleuse et coûteuse menée par les adversaires du projet avec le soutien de l'Église catholique, la victoire du « oui » marque un profond changement de la société portugaise. Les partisans de la légalisation de l'avortement ont fêté le résultat du scrutin comme une grande victoire.
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