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Avant que les stades ne soient fermés au public et qu'un jeune de 17 ans soit incriminé pour cet homicide, on aurait pu croire que les stades n'étaient fréquentés que par des criminels et des exclus de la société. On aurait pu croire que les virages étaient un phénomène étranger à notre culture et que l'unique remède était l'assainissement de cette tradition désormais contaminée par la violence. À peine un mois plus tard, rien ne restait des indignations et des critiques des partis de l'opposition et des promesses de la majorité.
De la guerre civile aux stades Entre les années 60 et 70, l'Italie a été bouleversée par une guerre interne entre groupuscules néo-fascistes et communistes militants. Successivement, le « terrorisme noir » (d'extrême droite, ndt) et les Brigades rouges n'ont été que les manifestations les plus éclatantes d'une bataille menée quotidiennement par des jeunes de 20 ans, qui en moins de dix ans a provoqué plus de 300 morts et un grand nombre de blessés. Après l'assassinat d'Aldo Moro (président de la Démocratie chrétienne de 1976 à 1978, parti qui a dominé la vie politique en Italie jusqu'en 1994, ndt) en 1978 revendiqué par les Brigades Rouges, les institutions politiques italiennes ont commencé à craindre ce foyer de rébellion prêt à exploser, autant du côté de l'extrême gauche que de l'extrême droite. Combattre la rébellion Au début des années 80, les solutions pour réprimer ce ferment de contestation sont venues en partie des institutions politiques. Les drogues (héroïne, cocaïne, puis les drogues synthétiques) ont annihilé les volontés contestataires de milliers de jeunes (1). Mais ça n'a pas suffi. La violence de l'époque devait à tout prix être contrôlée pour qu'elle ne soit pas utilisée contre l'État. Des lieux de réunion ont ainsi fleuri, pouvant assumer la fonction de « valves de défoulement social ». Les discothèques et les raves en font partie, mais les seuls lieux de déchaînement social capables de réunir la majeure partie des jeunes sont aujourd'hui les stades de foot. Le football, par sa nature intrinsèque, est le sport qui, majoritairement, offre la représentation d'une bataille. Il devient alors, d'un point de vue sociologique, le lieu le plus efficace pour canaliser la rage et la haine de l' « ennemi ». Le fait de se réunir en groupes d'Ultras, sortes de guerriers urbains liés par la même foi aveugle en leur équipe, répond au besoin toujours plus présent des individus de trouver une bande à laquelle appartenir. Dans la société italienne, où l'idée même d'État provoque chez certains citoyens la dépersonnalisation et la frustration, des personnes trouvent dans la passion du foot une cause pour laquelle lutter. Ce sont les mêmes sentiments qui, par le passé, unissaient les personnes sous les idéologies des partis et qui les faisaient combattre violemment pour ce en quoi ils croyaient. Frères ennemis Les adjectifs qu'on attribue à ces Ultras démontrent comment le pouvoir utilise l'ignorance et la violence pour étouffer une quelconque forme de rébellion sociale. Dans les tiffoseries (clubs de supporters, ndt), on trouve des groupes de gauche et de droite qui, selon les cas, se haïssent entre eux ou se regroupent pour haïr et agresser les supporters des autres équipes. Lors de drames comme celui du 2 février dernier, les institutions politiques italiennes réussissent à compléter le sournois processus mis en acte chaque dimanche. Avec le secours des médias, les politiques italiens transforment aux yeux de l'opinion publique un fait de société en bouc émissaire collectif. Pour les familles bien pensantes, il est trop facile de faire semblant de ne pas voir ce qu'il se passe chaque semaine dans les stades. Parce que la mort de l'inspecteur Filippo Raciti a atteint un degré de violence sans précédent. Traduit de l'italien par Cyril Bérard. (1) Lire La città e le ombre, Crimini, criminali, cittadini, d'Alessandro Dal Lago et Emilio Quadrelli (sociologues de l'université de Gênes).
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