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Nantes, France

FRANCE | Vitalité allemande et roumaine

10/04/07 | Céline Diais

Essor du cinéma allemand, ascension des cinémas d’Europe de l’Est... La question d’un cinéma européen reste cependant peu évidente. Trois questions à Emmanuel Burdeau, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma.


Pierre Malenfant
Nantes France
Journal EUROPA : Quels sont les faits marquants du cinéma européen actuellement ?

Emmanuel Burdeau : Deux choses dignes d'être mentionnées. Il y a enfin une vraie vitalité du cinéma allemand. Ce nouveau cinéma allemand, né à la fin des années 60, début des années 70, avec Rainer Werner Fassbinder, Wim Wenders, Volker Schlöndorff et Werner Herzog, n'a duré que pendant les années 70. Et ensuite, 20 ans de traversée du désert. On a souvent dit : « Tiens, ça commence à bruisser du coté de l'Allemagne. » Là, on a vraiment cinq, six cinéastes qui sortent régulièrement des films de qualité et qui se connaissent. Je trouve significatif qu'un pays comme l'Allemagne recommence à faire du cinéma. Ce n'est pas le cinéma des années 70. Avec Fassbinder notamment, on sentait que ce cinéma était soucieux de se confronter à l'histoire. La Seconde Guerre mondiale évidemment. Ici, c'est autre chose. C'est plutôt un cinéma qui, j'ai l'impression, fait tout pour ne pas en parler ou en tout cas pas directement, et qui s'intéresse plutôt au présent de l'Allemagne, c'est-à-dire à un certain état du libéralisme, au chômage, à la difficulté de vivre. Autre chose qui commence, mais qui va se confirmer je pense, c'est une certaine vitalité des cinémas de l'Europe de l'Est. Le cinéma roumain notamment. Il se trouve qu'en ce moment, il y a un festival de cinéma roumain à Paris (1). Et il y a deux, voire trois premiers long-métrages roumains qui sont sortis depuis 2006, La mort de Dante Lazarescu, de Cristi Puiu notamment. Un film roumain a eu la caméra d'or au festival de Cannes en 2006, 12h08 à l'est de Bucarest, de Corneliu Porumboiu. Pour le coup, ce sont des films qui se confrontent évidemment au passé communiste de la Roumanie.

Peut-on parler de cinéma européen ?

E. B. : Avec l'expression « cinéma européen », on pourrait avoir envie d'ironiser sur des coproductions européennes qu'on connaît bien. Des coproductions franco-italiano-romano-belges où l'on ménage un peu toutes les sensibilités de coproduction et où les héros parlent 4 langues. Cette espèce de cinéma paneuropéen, un peu consensuel, que Krzysztof Kieslowski a été le premier à essayer de faire et qui, de loin, n'est pas ce qu'il a fait de mieux dans une œuvre pourtant vraiment riche. Je pense à la trilogie Bleu blanc rouge. Cette idée d'un cinéma européen qui chercherait à dire quelque chose d'une identité européenne unique. Ça n'était pas très réussi. D'ailleurs, je ne parlerai pas non plus de cinéma asiatique. C'est un raccourci qu'on est tenté de faire. Ca fait 10 ans maintenant que le cinéma asiatique est vraiment important pour la France. Ça a commencé par Taïwan et Hong Kong. C'est passé ensuite à la Chine puis à la Corée. Aujourd'hui, on s'approche de Singapour, des Philippines et peut être de la Corée du Nord. Il faut au contraire toujours entrer dans des singularités plus aiguës. Je pense que c'est pareil pour le cinéma européen. D'autant plus que chaque pays a à traiter avec sa propre histoire du cinéma qui à chaque fois est très riche. Le cinéma italien, par exemple. Un des plus grands cinémas du monde, d'une importance historique centrale. Un cinéma qui depuis une trentaine d'années ne va pas très bien, même s'il y a peut‑ être quelques signes. Le cinéma espagnol aussi qui est un peu écrasé aujourd'hui sous la figure de Pedro Almodovar. Cette année, un film d'un réalisateur catalan Albert Serra était à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Il va d'une certaine manière donner une autre idée du cinéma espagnol. Pour une fois un cinéma qui n'est pas forcément sous le signe du bizarre, du festif, une sorte de movida plus ou moins améliorée. Même si j'aime beaucoup Almodovar, c'est intéressant de découvrir quelque chose d'autre. Donc je ne sais pas pour le cinéma européen en tant qu'européen. La question doit sans doute se poser en terme de production. Mais en tant que spectateur, ce n'est pas comme ça que je vois les choses.

Et si l'Europe était un film ?

E. B. : Difficile. Je me souviens du début de La sentinelle d'Arnaud Desplechin. Le film commence en Allemagne. Pour un premier long métrage français, ce n'est déjà pas commun. Le film se déroule dans le milieu de la diplomatie. Le héros, un français fils de diplomate, va rentrer d'Allemagne après y avoir fait ses études. On voit une scène où des diplomates discutent entre eux de ce qui s'est vraiment passé à Yalta, de la nouvelle carte de l'Europe. Ça m'avait beaucoup frappé. Sinon, il faudrait trouver un film qui se balade de pays en pays mais ça donne rarement des résultats.

(1) Le festival Le Paris du Cinéma Roumain, consacré au cinéma roumain, a eu lieu au cinéma Le Latina à Paris, du 30 janvier au 6 février 2007.

Céline Diais
Nantes, France

Emmanuel Burdeau est né le 25 avril 1974 à Rennes. Il est critique. Il est actuellement Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma.
Emmanuel Burdeau est né le 25 avril 1974 à Rennes. Il est critique. Il est actuellement Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma.Jérémouette
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